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Hommage à Etienne Bierry

par Gilles Costaz

Un aventurier du théâtre contemporain

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Peu de médias ont pu rendre hommage à Etienne Bierry, mort le 4 juillet, dans son domicile de Thiais, à l’âge de 95 ans. Toute la presse théâtrale était à Avignon. Un office religieux va lui être rendu à présent. Ce sera l’occasion de se souvenir de celui qui créa tant de personnages du théâtre contemporain et dirigea, avec sa femme Renée Delmas, le théâtre de Poche-Montparnasse de 1958 à 2011. C’était un individu gouailleur, né à Bordeaux, qui avait fait ses débuts dans le théâtre forain et avait beaucoup travaillé à la radio. Pas un produit de la grande lignée culturelle, mais un enfant du peuple malicieux et bagarreur. Il s’était présenté au Conservatoire national en 1939, alors qu’il était soldat. Admis, il ne devait jamais y entrer pour cause de guerre. Il fut fait prisonnier en 1940 et parvint à s’évader en 1944, en se cachant sous un train. Plus question alors de suivre des cours d’art dramatique. Bierry devint un acteur dynamique et très demandé (au cinéma, on peut le voir dans Les Culottes rouges dont il fut le co-scénariste ou La Vieille Dame indigne). Son chemin croisa très vite le théâtre le plus contemporain. Il fut l’ami de Jean-Marie Serreau et de Roger Blin, joua Beckett, Ionesco, Manet, Dubillard, Billetdoux… Le Poche fut l’un des tout premiers lieux de Paris pour ces auteurs et tous ceux qui réinventèrent le langage dans les années 50 et 60. On peut penser aussi à Weingarten – dont L’Eté resta à l’affiche deux ans, jusqu’à ce que mai 68 interrompe toute la vie théâtrale -, Poudérou, Haïm, Horovitz… Le Poche, sous la direction de Bierry et Delmas, fut un vivier extraordinaire, dont l’activité se prolongea longtemps, jusqu’aux découvertes d’Aubert, Besse, Bourdon, Sirjacq, Caussy, Saugeon et pas mal d’autres. L’apport des deux enfants, Stéphane et Marion, compte aussi dans cette histoire capitale de notre théâtre.
Etienne Bierry était un acteur terrien, puissant, massif, bien que de petite taille, à la voix puissante et grasseyante, aussi étonnant dans l’expression de la bonté que dans celle de méchanceté. Il était stupéfiant dans La Dernière Bande de Beckett, pièce en solo où le comédien doit tant apporter à un texte faussement immobile. C’était aussi un metteur en scène d’une formidable intelligence, qui aimait inviter d’autres metteurs en scène comme Werler ou Marion Bierry. Faire vivre les deux petits plateaux du Poche, au rez-de-chaussée et au sous-sol, résoudre le casse-tête de ces dimensions étriquées était sa joie. Il pouvait faire jouer plus de dix acteurs sur ces petites aires de jeu et y inscrire des décors complexes. Il aimait parler de « la diagonale » du plateau. Pour lui, le mouvement d’une pièce passait par cette diagonale. C’était un bonheur de dialoguer avec lui. Il avait sur toute pièce un point de vue de lecteur et de praticien passionnant (c’est l’une des raisons pour laquelle Philippe Adrien lui donna son dernier rôle, alors qu’il avait 92 ans, dans Ivanov à la Tempête : on pouvait compter sur ses analyses remarquables en même temps que sur un grand interprète). Quand on s’étonnait auprès de lui que telle grande vedette déclarât : « C’est si difficile de jouer Molière, c’est si mystérieux, on ne sait pas ce qu’on joue », il répondait : « Il faut toujours admettre la motivation de l’acteur, quelle qu’elle soit. » Il avait le sourire de celui qui cherche la meilleure complicité avec les êtres et les œuvres. Pécheur, il aimait l’attente et le temps de concentration que l’on vit sur le bord d’une rivière. Comme il parlait bien des grenouilles qui croassaient dans le bassin de son jardin !

Office religieux pour Etienne Bierry, église Saint-Roch, mardi 13 octobre, 10 h 30.

Photo Lot.

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