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Critiques / Théâtre

Histoire d’une vie d’après Aharon Appelfeld

par Corinne Denailles

Ecrire contre le silence

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Ce qu’il y a d’éminemment émouvant dans ce texte autobiographique d’Aharon Appelfeld, c’est le point de vue initial. Il donne la parole au petit garçon qu’il était en 1938, nous mettant de plain-pied à hauteur de l’enfant qui voit sa vie basculer brutalement et perçoit tous les signes du drame sans en rien pouvoir déchiffrer, tout en assimilant la charge d’angoisse environnante, apaisé seulement par la douceur de la présence maternelle. Et puis c’est le camp, la fuite avec le père qui ne peut que lui enjoindre de "se faire le plus léger possible", injonction terrible au silence, silence qui engloutira les souvenirs de cette époque. De la mère il ne sait plus rien mais ne pose jamais de questions. Orphelin à 8 ans, il erre seul en pleine forêt jusqu’en 1945. Il embarque à 13 ans pour Israël, dans un pays naissant qui se bat pour exister et où il se battra pour se reconstruire et faire sa place.
Dès lors, son obsession sera la mémoire, comment retrouver ce qui a été enfoui et pourtant le constitue ? Il éprouve la violence de réminiscences physiques qui fugitivement le ramène à cette période et s’éteignent. L’auteur s’interroge sur la mémoire, l’identité, la langue, racine fondamentale. Il a dû apprendre l’hébreu mais de manière mécanique, sa patrie linguistique est ailleurs, du côté de l’allemand maternel, du yiddish des grands-parents. Il se sent prisonnier de ce silence qui l’a comme avalé et lutte pour retrouver l’usage des mots. Combat réussi puisqu’il devient écrivain. Un critique louera "la retenue de son style", sans savoir que cette retenue involontaire est une prison.

La mise en scène de Bernard Lévy conjugue verbe et musique et place le comédien Thierry Bosc dans un espace créé par Giulo Lichtner, une boite qui entend évoquer "le lieu concret de l’écriture ou le lieu mental de la mémoire". Thierry Bosc, stature terrienne et voix rocailleuse, est le porte-paroles de l’auteur et trouve les inflexions justes pour évoquer l’enfant que fut l’écrivain. Après l’arrivée en Israël, la fin du service militaire, cela devient plus compliqué. Les choix d’adaptation du texte deviennent plus flous et le dernier tiers du spectacle est un peu déboussolé. Malgré tout, on est touché par l’originalité et la sensibilité du point de vue.

Histoire d’une vie d’après Aharon Appelfeld, traduction de Valérie Zenatti, adaptation Jean-Luc Vincent et Bernard Levy, mise en scène Bernard Levy. Avec Thierry Bosc et les voix de Zohar Wexler, Emmanuelle Grangé, Bernard Weisbrot, Robert Hatisi.
Au théâtre 71 à Malakoff , jusqu’au 19 mars, mardi et vendredi à 20h30, mercredi, jeudi et samedi à 19h30, dimanche à 16h. Durée : 1h15. Résa : 01 55 48 91 00.
www.theatre71.com

Texte aux éditions de l’Oliver et Points.

© Pierre-Yves Mancini

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