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Critiques / Opéra & Classique

Hélène Tysman à l’Institut hongrois

par Christian Wasselin

Hélène Tysman empoigne les ballades de Chopin telle une épopée en quatre tableaux.

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Chopin a écrit quatre ballades qu’il est vain, malgré la tentation, de rapprocher des ballades du poète Mickiewicz, son compatriote. Jamais le compositeur polonais ne voulut donner un quelconque argument littéraire à sa musique, comme en témoignent d’ailleurs les titres mêmes de ses œuvres : préludes, polonaises, sonates, scherzos, etc. Il est possible toutefois de les rapprocher entre elles et de les concevoir alors comme un vaste poème musical en quatre parties. Là encore cependant, inutile de chercher les quatre mouvements d’une sonate idéale : la structure des ballades se dérobe à ce type de schéma. Les jouer d’un seul élan porte le rêve et la respiration de la musique, mais ne crée pas une architecture particulière.

C’est le pari qu’a fait Hélène Tysman en osant jouer les quatre ballades à la suite, avec ce jeu physique et nerveux qui la caractérise, qu’une impeccable technique préserve de toute approximation. La main gauche, dans la Première Ballade, est particulièrement énergique et donne de la grandeur à la coda de cette pièce qui a toujours l’air d’un portique tardif qui pousserait à la méditation alors qu’il vient à la fin. On aimerait peut-être un peu plus de rêve, parfois, quelque chose comme une suspension du temps dans cette interprétation, comme on la trouve dans ce silence qui unit la première vaste phrase de la Troisième Ballade au motif qui suit, balancé, joué comme une confidence. Il est vrai que la petite salle de l’Institut hongrois garantit l’intimité, vertu irremplaçable, mais le piano y sonne avec un éclat parfois éloigné des nostalgies et des fièvres de Chopin. Peut-être un piano ancien, et un public davantage concentré, auraient permis à la pianiste de donner plus d’éloquence aux silences mêmes qui sont dans cette musique.

On peut aussi ne pas aimer Bach joué sur un grand piano de concert (la Fantaisie chromatique BWV 903 ouvrait le récital, car Bach est le père bienveillant de tous les compositeurs qui ont écrit pour le clavier), là où le clavecin crée une mise à distance. Dans la première Méphisto-Valse de Liszt en revanche, Hélène Tysman subjugue entièrement par cette capacité de montrer ce qu’il y a de surhumain dans la virtuosité exigée par Liszt. La manière dont la main droite, vers la fin de la pièce, vole comme un papillon nocif, dit toute la légèreté muée en violence déchaînée qu’on peut mettre dans un simple poignet.

Ce très généreux récital comportait aussi deux compositions de Ravel dont les Valses nobles et sentimentales. Leurs contours ciselés prennent sous les doigts d’Hélène Tysman des couleurs discrètement menaçantes. On aimerait l’entendre maintenant dans Gaspard de la nuit qui, après tout, a quelque chose d’une suite de ballades elles aussi saturées de rêves et de prestiges.

photo : Hélène Tysman à Varsovie en 2010.

A écouter : Chopin par Hélène Tysman : Ballades 1-4, Polonaise-Fantaisie, Barcarolle, etc. (1 CD Oehms-Classics).

Bach : Fantaisie chromatique et fugue BWV 903  ; Chopin : les quatre ballades ; Ravel : Valses nobles et sentimentales, Pavane pour une infante défunte  ; Liszt : Méphisto-Valse n° 1. Institut hongrois, 10 octobre 2004 (01 43 26 06 44, www.parizs.balassiintezet.hu).

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