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Critiques / Théâtre

Haute Surveillance de Jean Genet

par Gilles Costaz

Passions mortelles

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Trois hommes dans une cellule, et un gardien qui les rejoindra. L’un de prisonniers, Yeux verts, a été condamné à mort ; il aura bientôt la tête tranchée. Il fascine ses deux compagnons, qui tous deux désirent sa femme, aperçue au parloir, et dont ils pourraient obtenir les faveurs une fois leur camarade mis à mort. Tous les trois sont de différentes cultures et s’opposent sans toujours se comprendre. Un marché autour de cette femme invisible se met en place, auquel vient participer le gardien. Mais les rivalités s’exaspèrent, jusqu’au meurtre.
Haute Surveillance est l’un des premiers essais théâtraux de Genet. Il en écrivit la première version en 1942 quand il était à la maison d’arrêt de Fresnes. Il modifia plusieurs fois le texte, jusqu’à l’édition définitive de 1985, ici jouée. Cédric Gourmelon le met en scène en plaçant les interprètes sur un carré blanc où la lumière saisit les corps dans un clair obscur permanent. Pas de quotidienneté, pas de réalisme soutenu dans le jeu. Pas de gouaille non plus (alors que Genet, dans sa cruauté, dans sa dureté, s’amuse parfois des intentions mesquines de certains de ses personnages). Pas d’émotion apparente également : le registre n’est pas celui du poème Le Condamné à mort auquel on pense néanmoins – on est au triste temps de la guillotine. Gourmelon opte pour un lyrisme bridé où le texte chante dans sa sécheresse et dans son tournoiement de vérités opposées. Le sordide est sculpté et sublimé par la tragédie. Les attitudes sont droites, les corps peu flexibles : les fauves sont dans le combat mental, les muscles sont au repos avant la guerre. Sébastien Poudéroux est un étonnant Yeux verts, à la fois présent et absent, païen et christiqu. Christophe Montenez et Jérémy Lopez laissent admirablement sourdre les forces obscures qui agitent les personnages de Maurice et Lefranc. Pierre Louis-Calixte, très original, trouve parfaitement le nœud qui relie la vertu officielle du serviteur de l’Etat et la crapulerie. Magnifique, ce Genet qui nous arrive à la fois mat et éclatant !

Haute Surveillance de Jean Genet, mise en scène de Cédric Gourmelon, scénographie de Mathieu Lorry-Dupuy, costumes de Cidalia Da Costa, lumières d’Arnaud Lavisse, avec Pierre Louis-Calixte, Jérémy Lopez, Sébastien Poudéroux, Christophe Montenez.

Studio-Théâtre de la Comédie-Française, 18 h 30, tél. : 01 44 58 15 15, jusqu’au 29 octobre. (Durée : 1 h 15).

Photo Vincent Pontet.

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