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Critiques / Théâtre

Hamlet de William Shakespeare

par Corinne Denailles

Très libre et brillante variation

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On peut voir pour quelques jours dans la région parisienne la mise en scène de Hamlet par Thomas Ostermeier programmé en 2008 au festival d’Avignon.
Le moins qu’on puisse dire c’est que le traitement est radical. Ostermeier et Mayenburg, le talentueux traducteur (et dramaturge par ailleurs) ont essoré la pièce de Shakespeare, coupé, inversé des scènes, introduit des ajouts dans une langue crue et contemporaine ; les acteurs jouent plusieurs personnages avec une virtuosité sidérante. Mais la liberté et l’impertinence du projet peuvent heurter tant le spectacle est trash, violemment drôle et tragique mais la maîtrise et le talent ont raison de réserves pourtant fortes. On peut se demander ce qu’auront compris de la pièce des spectateurs néophytes ; Lars Eidinger, qui fut à Avignon (2016) un Richard III saisissant qui fera date (reprise à l’Odéon en juin 2017), interprète avec brio Hamlet mais ses improvisations qui font rire le public avec lequel il joue tourne au one man show même si on comprend l’intention.

En effet, Ostermeier s’est attaché à montrer combien la folie de Hamlet est force autodestructrice, incapacité à agir. Mais Eidinger se noie dans ses culbutes et ses brillantes facéties burlesques et on perd de vue l’essence du texte, bien malmené, qui ne livre rien de la poésie shakespearienne. Pourtant tout cela fait sens. La folie – quelque peu réduite à des clichés étrangers à toute réalité – qui semble contaminer le comédien contribue au jeu de miroir entre réalité et fiction (nous sommes de l’étoffe dont sont faits nos rêves disait Prospero dans La Tempête), entre illusion théâtrale et réel, entre masques, travestissements, mensonge et authenticité. Le metteur en scène inscrit au début du spectacle le « être ou ne pas être, mourir, dormir, rêver peut-être » qui ponctue le spectacle à trois reprises. La folie fait surtout office de révélateur de la puanteur de l’exercice du pouvoir, qui se traîne dans la fange et la boue de la corruption.


De fait, la boue et la terre sont omniprésentes sur le plateau, détritus divers jonchent le plateau au fur et à mesure que la situation se dégrade. L’excellent scénographe Jan Pappelbaum, fidèle collaborateur de Ostermeier, a conçu à l’avant-scène un grand espace de terre brune, l’espace du cimetière où les fossoyeurs, dans la première scène, tentent d’enterrer le corps du père d’Hamlet sous une pluie battante produite par un jet d’eau. Le tragique est d’emblée marié au burlesque à la Chaplin ; ils se bagarrent avec le cercueil qui s’obstine à ne pas vouloir obéir à leur manœuvre pour le glisser dans la fosse. C’est dans cet espace funèbre, en place et lieu du jardin, que se situe la scène terrible où Hamlet « répudie » Ophélie. Derrière un rideau de perles de métal qui servira d’écran de projection à des vidéos saisissantes, un banquet de funérailles se transforme en un clin d’oeil en banquet de mariage. La formidable comédienne Jenny König interprète la mère de Hamlet, Gertrude, et devient la jeune et douce Ophélie d’un seul geste. Malgré toutes les réserves, on se laisse emporter par l’intelligence d’une mise en scène on ne peut plus physique et audacieuse et par le talent éblouissant des comédiens.

Hamlet de William Shakespeare, traduction Marius von Mayenburg ; scénographie, Jan Pappelbaum ; lumières, Erich Schneider ; costume, Nina Wetzel ; musique, Nils Ostendorf ; vidéo, Sébastien Dupouey. Avec Urs Jucker, Lars Eidinger, Jenny König, Robert Beyer, Damir Avdic, Franz Hartwig. Aux Gémeaux à Sceaux jusqu’au 29 janvier à 20h45. Durée : 2h45 sans entracte.

© photo 1 : Christophe Raynaud de Lage

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