Hamlet de Shakespeare, Appéré et Azimuth

Somptueux solo

Hamlet de Shakespeare, Appéré et Azimuth

Hamlet, de noir vêtu, est seul en scène. Il est seul et pourtant tous les principaux personnages de la tragédie de Shakespeare sont là aussi. Car cet acteur en solo, Bernard Azimuth, va les incarner tour à tour et, peut-être, en même temps, car il est virtuose le bougre ! Voilà le spectre, voilà Polonius, qui va trépasser, derrière un rideau. Un rideau noir ! C’est tout dont dispose Azimuth pour cacher de rares accessoires, entrer et sortir, évoquer les divers climats et les différentes aires de jeu. Mais il se transforme sans gêne en Gertrude, en Ophélie, en Laërte, pour redevenir en quelques seconde le facétieux prince de Danemark. En cours de route, on se permet de croire – et l’on a tort – que l’entreprise est trop ardue et que l’interprète solitaire va devoir sauter certaines scènes mais elles sont toutes là : les conflits avec la reine, le monologue « Etre ou ne pas être », la mort d’Ophélie, le départ pour l’Angleterre, le retour d’Hamlet dialoguant avec les fossoyeurs, le duel final. Tout y est, et tout est joué avec rien, seulement le talent tout à fait étonnant d’un acteur qui, éventuellement, fait intervenir des marionnettes – mais très peu. Ce comédien est aussi un écrivain qui s’amuse à ajouter quelques digressions, et pas des plus anodines : sur la vie et la mort ! Toujours drôles, cependant.
La collaboration entre Bernard Azimuth (acteur-auteur), Hervé Apparé (metteur en scène-auteur) et William Shakespeare (auteur, acteur et chef de troupe en semi-retraite) a admirablement fonctionné. Le spectacle est d’une rare intelligence et progresse dans la maîtrise nerveuse de chaque seconde comme dans la liberté prise avec le découpage de la pièce originelle. Il est éminemment caustique : il privilégie la satire, la moquerie des grands et des puissants. On y rit sans cesse, aux dépens d’un panier de crabes élisabéthains et dans le plaisir d’une mise en spirale éblouissante.

Hamlet, librement adapté de Shakespeare par Jean Hervé Appéré et Bernard Azimuth, mise en scène de Jean Hervé Appéré, lumière d’Edwin Garnier, costumière : Delphine Desnus.

L’Archipel 17 boulevard de Strasbourg 75010 Paris, 01 73 54 79 79, 19 h du jeudi au samedi, jusqu’au 30 avril. (Durée : 1 h 25).

Photo Jean Tholance.

A propos de l'auteur
Gilles Costaz
Gilles Costaz

Journaliste et auteur de théâtre, longtemps président du Syndicat de la critique, il a collaboré à de nombreux journaux, des « Echos » à « Paris-Match ». Il participe à l’émission de Jérôme Garcin « Le Masque et la Plume » sur France-Inter depuis un quart...

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