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Critiques / Opéra & Classique

HÄNSEL UND GRETL de Engelberg Humperdinck

par Caroline Alexander

Quand les contes se rebiffent sur le divan : au secours oncle Sigmund !

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Un conte des frères Grimm, une musique de Engelberg Humperdinck (1654-1921), compositeur disciple de Wagner qui truffa sa partition de comptines fredonnées par de tous les bambins d’outre-Rhin : Hänsel und Gretl, l’histoire d’un frère et d’une sœur aux prises avec une sorcière dans une maison en pain d’épices est un opéra dont l’histoire s’adresse aux enfants et la musique à tous les âges. En Allemagne nombreuses sont les maisons qui le programment durant les fêtes de fin d’année.

C’est ce que vient de faire l’Opéra de Paris avec la reprise d’une production créée en avril 2013 dont on a pu dire alors qu’il était inutile d’y emmener des spectateurs de moins de dix ans. (voir WT 3710du 17 avril 2013). Vérification faite, un an et demi plus tard avec Julicia, 9 ans ( elle a lu le conte et en connaît toutes les péripéties) qui déclarait à l’entracte : « Je n’y comprends plus rien ».

La mise en scène de Mariame Clément relève en effet davantage d’une mise en abyme pseudo-psychanalytique que de l’illustration visuelle et dramatique d’une histoire où le réel rejoint le fantastique, comme dans tous les contes de fées. Hänsel et Gretl, enfants d’une famille pauvre, font des bêtises, en guise de punition leur mère les envoie cueillir des fraises dans la forêt. Attirés par un chalet de friandises, ils y deviennent les prisonniers d’une sorcière qui veut les engraisser pour les rôtir. Mariame Clément transforme leur épopée en songes… Elle a lu Freud et sa psychanalyse des rêves et veut qu’on le sache. Mais oncle Sigmund si bien taillé pour les divans, se rebiffe sur un plateau d’opéra. Dans un décor divisé en quatre espaces, deux salons, deux chambres, superposés deux par deux, sa mise en scène joue les dédoublements. La vraie famille (celle qui parle et qui chante) est calquée sur une famille sosie qui mime les actions en silence. De même pour les enfants. Mais les enfants qui ont l’âge des personnages ne sont que les copies silencieuses de ceux qui agissent et qui, selon la partition, sont composés pour une soprano et une mezzo. Forcément adultes… Julicia se demande qui est qui et recherche en vain la forêt où ils vont s’engouffrer et se perdre. Il faut lui expliquer que la forêt s’est nichée dans leurs têtes quand ils font dodo… Julicia hausse les épaules…

La deuxième partie la réconcilie. La maison de pain d’épices est devenue un gros gâteau serti de bonbons. Pourquoi pas ? Il y a un four, comme dans l’histoire et tant pis si un insecte géant est accroché au mur de la pièce où le pauvre Hänsel est enfermé… Il y a surtout Doris Lamprecht en sorcière frétillante qui donne enfin du piment à l’aventure. Sa méchante magicienne a du punch, de l’humour et de la voix. Même quand elle se transforme en girl de music-hall et se joint aux danseuses d’un ballet de french cancan endiablé en décalage joyeux avec l’histoire.

La direction d’Yves Abel fait vrombir l’orchestre. Le charme de la musique de Humperdinck, ses jeux d’enfants (mit den Füschen tap tap tap), ses citations en clins d’œil à son maître, se diluent et parfois même se fracassent. Les voix, d’un niveau très moyen, sont le plus souvent couvertes. Seule Doris Lamprecht sait comment projeter les satins de son timbre de mezzo. Elle est l’heureuse conclusion d’un spectacle qui au final ne s’adresse ni aux enfants ni à leurs parents.


Hänsel et Gretl de Engelberg Humperdinck, livret d’Adelheid Wette d’après les frères Grimm, orchestre et chœur d’enfants de l’Opéra National d Paris direction Yves Abel, maîtrise des Hauts de Seine, mise en scène Mariame Clément, Décors et costumes Julia Hansen, lumières Philippe Berthomé, chorégraphie Mathieu Guilhaumon. Avec Jochen Schmeckenbecher, Irmgard Vilsmaier, Bernarda Bobro, Doris Lamprecht, Elodie Hache, Olga Seliverstova.

Palais Garnier, les 20, 25, 28 novembre, 1, 4, 9, 11, 16, 18 décembre à 19h30, le 14 à 14h30

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 www.operadeparis.fr

Photos Monika Rittershaus

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