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Critiques / Théâtre

Go down Moses de Romeo Castellucci

par Jean Chollet

Images superbes et prégnantes

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En 2011, son spectacle Sur le concept du visage du fils de Dieu avait suscité la réaction violente et inconsidérée des cathos intégristes, s’opposant à la liberté d’expression. Aujourd’hui, le plasticien et metteur en scène italien s’attache dans cette création à interroger la mythologie biblique et plus particulièrement la figure de Moïse, prophète ayant rencontré Dieu sous la forme du “ Buisson ardent”, et libérateur de l’esclavage égyptien imposé au “ peuple élu ”. Roméo Castellucci, a placé son approche sous le titre d’un gospel rendu célèbre par la version enregistrée par Louis Armstrong en 1958, qui scande Let My People Go ! (Laisser mon peuple partir). Elle tient à la fois d’une vision onirique sans soucis chronologiques, et d’évocations réalistes, à même de provoquer une réflexion sur les thématiques et interrogations existentielles du temps présent.

Avec en ouverture à l’avant-scène, la présence symbolique d’un rouleau centrifuge absorbant des chevelures tombées du ciel. Enfermée dans les toilettes d’un établissement public, une femme accouche solitaire en perdant son sang. Qu’est devenu son enfant abandonné, qu’elle a baptisé Moïse, dont les preuves de vie sont recherchées au cours d’une enquête et d’une assistance psychologique ? Prostrée, incohérente, elle affirme l’avoir déposé sur le Nil pour qu’il contribue au sauvetage du monde, avant de passer dans un scanner qui l’absorbe et l’anéanti. Puis, sans limite d’espace – temps, le dernier tableau se situe dans une caverne préhistorique occupée par des humains nus aux visages simiesques, dont un couple berce un enfant mort. Une vison magique, qui semble inspirée par la peinture classique du XVIIème siècle, à travers ses formes, colorations et lumières, en apportant un climat apaisant de douceur, avant que soit tracé à la main, sur un film transparent face au public, les lettres SOS, dont la signification n’échappe à personne.

Cette courte création de Roméo Castelluci porte parfois une part mystérieuse et énigmatique, dans laquelle il faut se laisser aller pour ressentir toute son intensité à travers sa force esthétique et visuelle révélatrice. En utilisant avec maîtrise et brio les moyens scéniques, il inscrit dans le théâtre un voyage dans nos mémoires, nos doutes, nos craintes et émotions, aux croisements de l’humanité et du religieux.
Une rencontre envoûtante.

A noter, dans le cadre du Festival d’Automne, deux autres réalisations de Roméo Castellucci à Paris, Schawanengesang D744, d’après des lieds de Schubert, au Théâtre des Bouffes du Nord du 26 au 30 novembre, et Le Sacre du printemps, sur la musique de Stravinsky, à la Grande Halle de la Villette du 9 au 14 décembre 2014

Go down Moses, textes Claudia et Roméo Castellucci, mise en scène, décors, costumes, lumières, Roméo Castellucci, avec Rascia Darwish, Gloria Dorliguzzo, Luca Nava, Stefano Questorio, Sergio Scarlatella, musique Scott Gibbons. Durée : 1 heure 20.
Théâtre de la Ville, dans le cadre du Festival d’Automne jusqu’au 11 novembre.

En tournée : Singel – Anvers du 20 au 22 novembre 2014. Filature de Mulhouse les 21 et 22 mars 2015. Maillon - Waken Strasbourg du 26 au 28/03/2015. Comédie de Reims les 2 et 3 avril 2015.

Photo ©Luca Del Pia

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