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Gilles Bouillon, de l’institution à l’improvisation

par Gilles Costaz

Entretien avec un metteur en scène privé de son théâtre et rendu à la vie indépendante

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Fin 2013, Gilles Bouillon n’était pas reconduit à la tête du Centre dramatique régional de Tours, l’Olympia. L’Etat a nommé à sa place Jacques Vincey. Gilles Bouillon est un metteur dont nous avons toujours beaucoup aimé les mises en scène : Le Songe d’une nuit d’été, Cyrano de Bergerac, Un chapeau de paille d’Italie, des textes de Koltès, de Melquiot… Alors que son dernier spectacle, Urfaust de Goethe, se donne à la Tempête (voir notre critique), nous lui avons demandé comment on passe d’un travail de territoire à une indépendance inattendue.
Vous aviez effectué un long travail, une grande collaboration avec le public de Tours. Comment s’est passée votre non-reconduction à la direction du Centre dramatique ?
Le 31 décembre 2013, je laissais les clefs du théâtre. C’était dur, parce que je n’ai pas été de passage à Tours comme les artistes qui ont eu des responsabilités au temps de la mairie de Jean Royer, comme André Cellier ou Guy Suarès. J’ai dirigé le théâtre de 1990 à 2013, et j’ai œuvré pour la nouvelle salle que l’on a pu ouvrir en 2009. J’ai fait partie des directeurs qu’Aurélie Filipetti n’a pas reconduits : Daniel Benoin, Didier Bezace… C’est bien, cela a le mérite de la clarté, que le ministère ait décidé récemment qu’un directeur ne doit pas dépasser dix ans de présence. Mais je n’ai pu utiliser pleinement l’outil que j’avais contribué à créer. Je faisais parallèlement des mises en scène à l’opéra de Tours. Tout s’est arrêté. Le maire de Tours, Jean Germain, avait le projet de créer un nouveau théâtre et de me le confier. Il était à gauche, il a été battu par la droite. Il s’est suicidé…
Comment réagissent les gens de la profession ?
Il y a ceux qui ne vous appellent plus. Mais beaucoup vous tendent la main. Je pense à Philippe Adrien à la Tempête, à Daniel Benoin à présent à Antibes, à Gérard Lefèvre à Angoulême… J’ai pu monter La Cerisaie grâce à la compagnie du Passage, en Suisse. Et, à Paris, Delphine Eliet, qui dirige l’Ecole du jeu, m’a demandé d’être professeur dans son établissement ; je suis chargé de l’option concours. J’aime beaucoup enseigner notre métier. J’ai recréé ma compagnie Gilles Bouillon et, comme le veulent les usages adoptés par le ministère de la Culture, les directeurs non-reconduits ont droit à un conventionnement de 150 000 euros par an pendant trois ans. Cela permet de chercher des coproducteurs. Il faut donc obtenir l’aide des directeurs de structures. J’ai fait tourner Dom Juan et j’ai participé au Festival des caves, à Besançon, avec Moby Dick d’après Melville et Tristesse de la terre d’Eric Vuillard.
Comment en êtes-vous venu à monter Urfaust de Goethe ?
Peut-être parce que j’ai eu mon bac en faisant un bon devoir sur Faust ! Non, en réalité. Faust est un chef-d’œuvre mais c’est énorme, avec sans doute trop de surnaturel pour moi. Mon dramaturge, Bernard Pico, m’encourageait à monter Faust quand nous sommes tombés sur Urfaust, la première version, écrite par Goethe à 26 ans. Nous avons découvert la nouvelle traduction par Jean Lacoste et Jacques Le Rider. Ce fut un coup de foudre. C’est un texte populaire et profond. Cet homme accolé à sa part maudite, c’est nous tous, avec notre démon intérieur. Tout s’est monté très vite, avec Nathalie Holt, pour la scénographie, et les acteurs, Frédéric Cherboeuf, Vincent Berger, Marie Kauffmann, Juliette Poissonnier, Etienne Durot et Baptiste Chabauty.
Vous êtes un ancien sportif. Vous étiez un champion d’athlétisme. Vous étiez redoutable sur le 800 et le 1500 mètres. Y a-t-il une continuité entre le sport et le théâtre ?
Il y a beaucoup d’éléments communs : l’engagement, les placements sur le terrain, l’effort… Au théâtre, les gens se cachent pour lire L’Equipe, mais ils s’intéressent au sport. Quand j’ai commencé, c’était la honte de faire du sport et du théâtre. Aujourd’hui, on est moins honteux !
Vos projets ?
Je vais monter Des couteaux dans les poules de David Harrower. J’aimerais mettre en scène La Mort de Danton de Büchner, en intégrant des éléments de 14 juillet d’Eric Vuillard : Büchner, c’était quand même un auteur qui écrivait directement sur l’actualité ! Ne plus diriger un Centre dramatique, c’est difficile mais c’est une forme de liberté.

Urfaust de Goethe, traduction de Jean Lacoste et Jacques Le Rider (éditions Bartillat), mise en scène de Gilles Bouillon, dramaturgie de Bernard Pico, scénographie de Nathalie Holt, costumes d’Hélène Kritikos, lumières de Marc Delamézière, musique d’Alain Bruel, vidéo d’Arthur Colignon, maquillage et coiffures d’Eva Gorrszyk, collaboration artistique d’Albane Aubry et Etienne Durot, peinture et sculpture de Thierry Dalat, avec Frédéric Cherboeuf, Vincent Berger, Marie Kauffmann, Juliette Poissonnier, Etienne Durot et Baptiste Chabauty.

Théâtre de la Tempête, cartoucherie de Vincennes, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h30, tél. : 01 43 28 3636, jusqu’au 5 février. (Durée : 1 h 45).

Photo François Berthon.

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