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Gide, Copeau, Schlumberger : l’art de la mise en scène

par Gilles Costaz

Les novateurs des années 1900-1930

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L’été permet de faire quelques marches arrière dans le passé proche ou le passé lointain. Par exemple de penser à Gide auteur de théâtre. Qui s’en souvient ? Aucune de ses pièces n’a fait l’objet d’une reprise depuis des décennies, même l’adaptation d’Hamlet qu’il fit pour Jean-Louis Barrault. Le volume collectif établi par Robert Kopp et Peter Schnyder, Gide, Copeau, Schlumberger : l’art de la mise en scène, réunit une série d’études, qui sont, au départ, des exposés faits en 2014 par les participants des Entretiens de la fondation des Treilles. Un certain nombre de chercheurs parlent de Gide, de ce que fut le Vieux-Colombier où, à partir de 1913, Jacques Copeau opéra l’une des principales révolutions du théâtre français et du romancier Jean Schlumberger qui épaula amicalement et financièrement Copeau (une correspondance inédite permet de suivre les deux hommes en train de se rapprocher puis de s’éloigner l’un de l’autre, entre 1908 et 1923). Ces textes, qu’ils soient de Patrick Kéchichian, Laurent Gayard ou Marco Consolini (ou de bien d’autres), sont tous d’une belle solidité universitaire, à l’exception de l’analyse de Serge Bourjea qui, dans un parcours lacanien (mais pour lui plus proche de Derrida), tente de montrer que l’aventure du théâtre de Copeau est une marquée par la présence continue de spectres. Son « hantologie du Vieux-Colombier » est d’un amusant brio, pas mal tiré par les cheveux. En règle générale, la nouveauté est bien saisie puisqu’on met en parallèle Craig, Appia, Copeau et aussi quelqu’un auquel on pense peu dans ce registre et qui eut pourtant une grande influence : Mallarmé que la passion de la danse nouvelle mena à une forte réflexion sur le spectacle
Ce sont les pages consacrées à Gide qui nous intéressent le plus. Les relations faites par Pierre Masson, Frank Lestringant, Peter Schnyder et Davis H. Walker, révèlent que l’auteur des Caves du Vatican nourrit des sentiments complexes à l’égard du théâtre. Il y va souvent mais n’attend pas toujours la fin de la représentation pour prendre le large. Il n’aime pas la façon dont les acteurs jouent et même Copeau lui paraît un lecteur « épouvantable ». Le patron du Vieux-Colombier sera quand même, en 1922, le metteur en scène et l’acteur du Saül de Gide, lequel viendra saluer à l’issue de la première mais écrira à Maria Van Rysselberghe : « C’est malgré tout déclamatoire et théâtral. » Gide écrira d’autres pièces, Le Roi Candaule, Le Curieux malavisé, adaptera non seulement Hamlet mais aussi Le Procès de Kafka. Après avoir remis le manuscrit de la pièce d’après Kafka en 1947, il confie à Martin du Gard : « Que Barraut fasse ce qu’il veut : la pièce ne m’appartient plus... Mais, décidément, je n’aime pas le théâtre, et m’y ennuie. » En fait, si les œuvres théâtrales de Gide semblent ne pas avoir bien passé l’épreuve du temps, ses propos sur le théâtre sont inventifs et toujours modernes. C’est l’un des principaux éclairages de ce livre où l’on peut lire, parmi les observations de l’écrivain, cet extrait d’une lettre à Valéry en 1898 : « Si je continue à faire du drame, j’en voudrais bannir les hasards extérieurs ; je voudrais que tous les mouvements, péripéties, catastrophes naissent du seul caractère de chacun, de sorte que chacun fasse et défasse lui-même son histoire. »

Gide, Copeau, Schlumberger : l’art de la mise en scène, textes réunis par Robert Kopp et Peter Schnyder. Gallimard, 332 pages, 25 euros.

Illustration : Gide, photo Dravot, 1933.

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