Accueil > Fratelli de Dorine Hollier

Critiques / Théâtre

Fratelli de Dorine Hollier

par Gilles Costaz

Une double danse de mort

Partager l'article :

Ils sont frères de sang et de scène. Ils ont eu leur heure de gloire à Naples, au théâtre San Carlo. L’un dansait, l’autre chantait. Ils étaient au plus haut, les voilà au plus bas. Le destin les a fait échouer à Paris (triste ville, en face de Naples !) dans une mansarde sinistre. La fraternité consiste, pour eux, à se haïr et à se jalouser. Ils n’ont pas les mêmes mœurs et les mêmes idées, ils ressassent leurs vieilles querelles ; le premier en tentant de soulever ses vieilles jambes qui ne veulent plus danser, le second en s’agitant dans le fauteuil roulant où il est cloué. C’est une double danse de mort. Qui survivra le plus longtemps à cette guerre fratricide ?
La pièce de Dorine Hollier est une tragédie comique, d’un humour noir et baroque. Les mots sont crus, les insultes colorées. Beau texte ! L’auteur mène parfaitement sa barque en eaux troubles. Le metteur en scène Stéphane Cottin cultive le climat glauque, introduit quelques effets surprenants et conduit finement ce conflit en lignes brisées. Ce qu’on aime sans doute le plus, c’est la façon dont les deux comédiens s’emparent de ces rôles de personnages ignobles mais pitoyables. Henri Courseaux incarne l’ancien danseur comme dans le souvenir du Casanova de Fellini : le rouge aux joues, le cheveu en boucles, la parole altière. Il est un formidable matamore déchu. Jean-Paul Farré est l’autre frère, prisonnier dans sa chaise roulante. Il compose un personnage plus pugnace, à la cruauté toujours renouvelée. Lui aussi est très étonnant, opposant à la rêverie désespérée de son frère ennemi la sècheresse et le refus de céder à l’émotion. L’un et l’autre nous jouent en beauté un scénario qui pourrait s’appeler affreux, malins et méchants.

Fratelli de Dorine Hollier, mise en scène et scénographie de Stéphane Cottin, lumière de Marie-Hélène Pinon, costumes de Chouchane Abello Tcherpachian, chorégraphie de Jean-Marc Hoolbecq, avec Henri Courseaux et Jean-Paul Farré.

Ninon Théâtre, 14 h 20, tél. : 04 84 51 05 22, jusqu’au 30 juillet. (Durée : 1 h 25).

Photo Cyrille Valroff.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.