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Critiques / Théâtre

Fleur de Cactus de Barillet et Grédy

par Dominique Darzacq

N’a rien perdu de son piquant

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C’est parce qu’il l’avait vu jouer au théâtre Oh les beaux jours de Beckett que Xavier Giannoli proposa à Catherine Frot d’être à l’écran l’hilarante et pathétique Marguerite qui chante « sublimement » faux et massacre Mozart pour séduire son mari. Parmi ses partenaires, Michel Fau dans le rôle de professeur de chant. Entre les prises, on parle boutique, échange autour des projets, les concrets et les inaboutis. Elle, lui révèle que depuis dix ans elle laisse mijoter « Fleur de cactus » dans le tiroir de sa table de nuit. Lui, aime mélanger les genres, passer de Montherlant à Molière, de l’opéra baroque à Roussin. L’occasion des plateaux faisant les larrons de la scène, Fau et Frot font refleurir le cactus au théâtre Antoine. L’un à la mise en scène et dans le rôle de Julien le dentiste, l’autre en assistante coincée qui part en vacances à Plougastel en 2CV et flanquée du chat et de maman.

Créée en 1964 aux Bouffes Parisiens dans une mise en scène de Jacques Charon avec Sophie Desmarets et Jean Poiret la pièce qui n’a rien perdu de son piquant, est une allègre comédie ciselée de répliques qui font mouche, de quiproquos et de rebondissements. Julien dentiste célibataire un brin coureur, soucieux de garder sa liberté, fait croire à sa jeune maîtresse Antonia qu’il est marié et père de trois enfants. Mais tout se complique lorsqu’il se décide à l’épouser. Antonia qui a du cœur et de l’honneur exige de rencontrer l’épouse délaissée. La seule issue pour se tirer d’une si facheuse affaire est de demander à son assistante d’endosser le rôle.

Michel Fau ne cherche pas à sortir la pièce de son berceau des années soixante, ni à lui faire dire ce qu’elle ne dit pas. Il la prend telle, y ajoute juste une pointe de burlesque distancié qui en rehausse la saveur et une pincée de référence à la célèbre émission de télé « Au théâtre ce soir », histoire de partager sa petite madeleine avec le public. Le décor (Bernard Fau) ludique et coloré, dont les éléments vont, viennent, disparaissent et réapparaissent, donne à l’ensemble un petit air de castelet où les personnages seraient des marionnettes qu’agite le fil du mensonge. Et nous, grands enfants ébaubis, éclatons de rire de bon cœur des folles et dérisoires démêlées de ces pantins si diablement bien croqués et irrésistibles à commencer par Catherine Frot toute de nuance et d’humour, pince sans rire, aussi humainement inénarrable en secrétaire effarouchée et revêche qu’en vampe en robe lamée et vison se lâchant dans une soirée en boîte. Michel Fau n’est pas en reste en dentiste « menteur comme un arracheur de dents » empêtré dans ses bobards. De toute évidence la rencontre Fau Frot fait des étincelles. Mais surtout le metteur en scène a su fédérer toute une troupe d’acteurs à l’unisson, à commencer par Mathilde Bisson qui campe avec malice une Antonia moitié Mimi Pinson, moitié Brigitte Bardot, et comment ne pas citer Marie-Hélène Lentini, impayable en patiente grande bourgeoise survoltée. Mais il faudrait les citer tous car tous sont épatants et leur plaisir à jouer et à nous faire rire ajoute au nôtre. Par les temps qui courent ce serait dommage de s’en priver.
Après une longue tournée le spectacle est à nouveau à l’affiche du Théâtre Antoine où il a été créé.

Fleur de Cactus de Barillet et Grédy mise en scène Michel Fau, avec Catherine Frot, Michel Fau, Cyrille Eldin, Mathilde Bisson, Wallerand Denormandie, Marie-Hélène Lentini, Frédéric Imberty, Audrey Langle. Durée 2h
Théâtre Antoine jusqu’au 1er juillet tel 01 42 08 77 71 www.theatre-antoine.com
Photos ©Marcel Hartmann

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