Accueil > Festivals de printemps

Actualités / Festival / Théâtre

Festivals de printemps

par Dominique Darzacq

D’appétissantes mises en bouche

Partager l'article :

En prémices au grand festin de l’été et pour déjà nous mettre en appétit, en même temps que le muguet, ici et là fleurissent des festivals qui nous invitent à nous dégourdir les neurones, à sortir de notre train-train, à être curieux, voire même à courir quelques aventures inédites, tel le Festival de caves (28 avril – 24 juin) lequel, plutôt que de courir les rues a choisi de cheminer dans les caves.

Le Festival de caves : Faire et voir le théâtre autrement

L’enjeu pour Guillaume Dujardin, son inventeur et directeur artistique, est de faire du lieu souterrain, le plus souvent étroit, sans lumière, voire encombré, qu’est la cave, un espace qui libère l’imaginaire, où les contraintes se transforment en liberté , où le théâtre se fait et se regarde au coude à coude, où la proximité oblige à créer et à voir autrement.
Né en 2005 dans une cave de Besançon, ville où est implantée la compagnie Mala Noche de Guillaume Dujardin, le Festival a étendu son réseau non seulement aux quatre coins de l’Hexagone mais se faufile aussi en Suisse francophone. Pour cette 21ème édition, commencée depuis le 28 avril, il sera présent dans 92 villes et villages et propose une quinzaine de spectacles qui sont autant de créations spécifiques. C’est ainsi que la cave s’avère le huis clos approprié pour nous immerger dans la pièce de Howard Barker Lentement , dans laquelle quatre femmes enfermées attendent l’arrivée de l’envahisseur. Comment chacune fera-t-elle face à la barbarie ? Il y a tant de manières de se comporter devant l’ultime catastrophe. Aux interrogations de Barker, ailleurs, dans une autre cave et avec Et les poissons partirent combattre les hommes que met en scène Julien Barbarin, répondent les cris de rage d’Angelica Liddell envers une société qui semble avoir perdu le sens du mot humanité. Le handicap qu’est l’illettrisme est au cœur du spectacle de la Cie Moreau, Illétric. Dans les caves, on y entend des paroles d’aujourd’hui, mais aussi d’autres venues de loin qui ne sont pas sans échos ces jours-ci, telle celle de Rabelais qui se fait entendre doublement dans ce Festival, avec Panurge adapté et mis en scène par Simon Vincent et Rabelais et les deux anglaises d’après le Quart Livre que réalise Gilles Bouillon pour qui dans ce livre publié en 1552 « Rabelais nous offre face au monde d’aujourd’hui, tout ensemble une carte et une boussole et pour biscuit pour la route, une gaieté libératrice, l’audace du doute et du rêve ».
Une fois encore à travers son programme ce festival nous démontre qu’il y a toujours quelques trésors à dénicher dans les caves.

Théâtre en mai : chambre d’écho des jeunes compagnies

Tout comme le festival de Caves, c’est à un public qui, au confort des valeurs sûres, préfère les palpitations du risque et de l’aventure, que s’adresse à Dijon, Théâtre en mai (19-28 mai). Un festival qui depuis sa création - sous l’appellation de Friction en 1999 - a su s’ancrer non seulement en Bourgogne son berceau, mais dans l’ensemble du paysage théâtral. Parenthèse turbulente et festive dans les activités du TDB - Centre Dramatique National de Dijon Bourgogne que dirige aujourd’hui Benoît Lambert, la manifestation se veut la chambre d’écho des jeunes compagnies, lieu du croisement des formes et terre de confrontations et de rencontres.
Tisonnés en troupe ou en collectif, fruits d’écritures sur le plateau ou forgés à partir d’un auteur, la plupart des spectacles de cette édition abordent et interrogent quelques-unes des brûlures du monde. C’est ainsi que Leyla- Claire Rabih, née de père syrien, fondatrice de la troupe dijonnaise Grenier neuf, s’empare des textes de Mohammad Al Attar pour mettre sur le scène la Chronique d’une révolution orpheline , celle de Syrie commencée en 2011 dans la foulée du Printemps arabe et devenu conflit international sans fin. Usant de nos actuels moyens de communication, sur les places et sur la toile, de l’enthousiasme à l’effroi, le spectacle se veut témoignage à plusieurs voix où se relient territoire intime et paysage géopolitique.

De son côté, Adrien Bréal, artiste associé au TDB, avec Récits des évènements futurs , prend comme pivot la figure du pilote américain qui participa en 1945 au largage de la bombe atomique sur Hiroshima et y articule plusieurs histoires nées d’improvisations. Toutes nous interrogent sur nos attitudes face au désastre qu’il soit personnel, collectif ou planétaire et posent la question de la responsabilité. Pour sa part, Renaud Diligent créateur et animateur de la Cie Ces Messieurs sérieux, invente une réjouissante bande dessinée scénique à partir de la pièce de l’auteure allemande Rebekka Kricheldorf La ballade du tueur de conifères pour parler de capitalisme, de condition sociale, d’êtres en perdition.
La violence d’un système économique globalisé qui vient s’infiltrer dans l’organisation du travail et toucher au plus intime des individus est au cœur de Nous savons la création de cette nouvelle édition de Théâtre en mai. Accompagné à l’écriture par Jean-Charles Massera, pour sa première mise en scène l’acteur Etienne Parc signe un passionnant thriller politico-économique. De Disgrâce adaptée du roman polémique de Coetze à partir duquel Jean-Pierre Baro sonde avec une ironie cinglante la question postcoloniale, à Mais il faut bien vivre élaboré par Antoine Wellens d’après l’œuvre du britannique Richard Hoggart (1918-2014), en passant par Cannibale par le collectif X ou encore Nachlass imaginé par le suisse Stefan Kaegi, c’est tout un florilège de propositions qui nous interpellent sur le monde et nous-mêmes que met à l’affiche Théâtre en mai. Un programme dans le droit fil de son parrainage, puisque depuis 2013 chacune des éditions est parrainée par une grande figure de la scène et que cette année le parrain est Alain Françon créateur attaché au vif des écritures et dont les compagnonnages avec Vinaver et Bond montrent assez bien que le créateur qu’il est, aime à explorer notre « humanitude » pour reprendre un mot de Bond. C’est avec sa dernière création, Le temps et la chambre de Botho Strauss que s’ouvre cette édition de Théâtre en mai.
Si depuis Jacques Fornier, le Théâtre d’art participe à la renommée de Dijon, la ville est au cœur de la Bourgogne qui rayonne par ses vins et sa gastronomie. Aussi depuis 2014, Théâtre en mai a décidé d’allier découvertes scéniques et plaisirs gastronomiques et depuis, propose aux festivaliers d’explorer quelques saveurs plus terrestres que spirituelles, en invitant différents chefs locaux « toqués » ou « étoilés », tous virtuoses du fourneau, à venir mitonner pour le restaurant du Festival, quelques une de leurs recettes.

Festival de caves 28 avril -24 juin Besançon tel 03 63 35 71 04 www.festivaldecaves.fr

Théâtre en Mai à Dijon du 19 au 28 mai tel 03 80 30 12 12 www.tdb-cdn.com

Photos Festival de caves : "Toussaint" ©Anaïs Marty- Théâtre en mai :"Récit des évènements futurs" © DR

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.