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Festival d’Automne à Paris édition 2017

par Dominique Darzacq

Portraits d’artistes et du monde

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Démarrée dès ce 25 août la rentrée théâtrale met à l’affiche pas moins de 75 nouveaux spectacles de théâtre et bon nombre de ceux-ci dans le cadre du Festival d’Automne (13 septembre au 31 décembre)

Souhaité par Georges Pompidou – un des rares Présidents avec François Mitterrand à s’intéresser au vif de la création – et mis en œuvre par Michel Guy, le Festival d’Automne a été créé en 1972 pour combler le vide laissé par la disparition du Théâtre des Nations qui de 1957 à 1965 avait fait de Paris le point de convergence et de confrontation internationales du spectacle vivant. C’est au Théâtre des Nations que l’on découvrit Bertolt Brecht et le Berliner Ensemble, Giorgio Strehler et le Piccolo de Milan, Peter Brook avant qu’il ne s’installe au Théâtre des Bouffes du Nord ou encore le Tchèque Otomar Krejka. Autant de créateurs qui fécondèrent durablement le champ artistique.
Dédié à la création contemporaine dans la diversité de ses disciplines, en invitant pour sa première édition Bob Wilson pour le théâtre, Merce Cunningham pour la danse, Iannis Xenakis pour la musique, le Festival d’Automne affichait sa volonté d’être la vigie de tout ce qui fait bouger les lignes. Des visées maintenues au fil d’éditions tissées de fidélité aux artistes et d’attention à l’émergence. Elles restent d’actualité pour cette 46ème édition marquée notamment par deux « portraits ». L’un consacré à Jérôme Bel chorégraphe, irritant ou fascinant selon les opinions, et qui ne cesse d’interroger les codes de la scène et de la représentation. Les éléments de « la photo », proposés dans dix-sept lieux partenaires, se composent de huit spectacles et parmi ceux-ci, pour la première fois dans le cadre du Festival d’Automne que Jérôme Bel fréquente assidûment depuis 2004, Pichet Klunchun and Myself duo du chorégraphe avec Pichet Klunchun danseur thaïlandais formé à la danse traditionnelle « khon ». Les projecteurs de la deuxième « photo » seront braqués sur le Quatuor Arditi invité régulier du Festival depuis 1984 et le « portrait » tiré en trois concerts dont deux présentés au Théâtre des Bouffes du Nord, avec au programme notamment : Clara Iannotta, Mark André, Salvarore Sciarrino, György Ligeti, Iannis Xenakis.


Coup de projecteur également autour de Mohamed El Khatib, fondateur du collectif Zirlib pour qui la création contemporaine se doit d’être « la confrontation de l’esthétique la plus exigeante et de la banalité du quotidien ». Un postulat à partir duquel l’auteur, metteur en scène fourbit des spectacles qui ont affaire avec la fiction documentaire. Ainsi en est-il de Stadium , spectacle tout à la fois monstre et chimère, qui met sur la scène 53 supporters du RC Lens en même temps « qu’un coup de pied dans la ruche des poncifs sur le monde du foot ». Pour C’est la vie , autre spectacle à l’affiche dans le cadre du Festival, Mohamed El Khatib a invité un comédien (Daniel Kenigsberg) et une comédienne (Fanny Catel) à témoigner de cette indicible douleur qu’est le deuil d’un enfant. « Une performance-expérimentale-limite qui tient sur le fil de la délicatesse ».

Réinvention théâtrale et documentaire sont les deux fils à partir desquels l’égyptienne Laïla Soliman a tissé Zig-Zig , spectacle dans lequel entre paroles et danse, cinq comédiennes font entendre le témoignage de femmes victimes de viol, lors de l’irruption, au temps de la colonisation, de l’armée britannique dans un petit village égyptien. Un matériau historique à partir duquel Laïla Soliman, auteure et metteure en scène, sonde ce qui a ou pas changé en un siècle.
La dure réalité du monde est aussi au cœur des spectacles coup de poing du suisse Milo Rau pour qui le théâtre « se doit de nous secouer de notre torpeur face au spectacle de la misère du monde ». Ce qu’il fait avec Compassion. L’histoire de la mitraillette . A travers le destin de deux femmes, l’une témoin, l’autre victime des génocides africains, il pointe les contradictions de nos sociétés mondialisées.

Riche de quelque 23 spectacles, la programmation théâtre se décline selon deux lignes de force. L’une se veut fenêtre ouverte sur de « nouvelles sensibilités artistiques », et l’autre affiche ses fidélités à quelques grands maîtres de la scène internationale. Parmi ceux-ci, l’italien Romeo Castellucci et son nouvel opus, Democracy in America inspiré de l’essai de Tocqueville. Avec ses outils : des images fortes et prégnantes, « empruntant, comme il le dit, le chemin de curiosité de Tocqueville », et avec pour pivot un couple de paysans puritains, premier ciment de ce qui deviendra la nation américaine, Romeo Castellucci explore la réalité du mot démocratie, les promesses, mais aussi « les dangers d’un système où la majorité a toujours raison au mépris des minorités » (MC 93 12 au 22/10.

Autre invité haut de gamme, le britannique Simon McBurney artisan inspiré d’un théâtre de l’image et du mouvement dont on pu voir au Festival d’Avignon 2012 Le Maître et Marguerite de Boulgakov. C’est avec la troupe berlinoise de la Schaubühne qu’il arrive au Festival d’Automne, avec La Pitié dangereuse adaptation théâtrale du roman de Stefan Zweig qui nous raconte la lente descente aux enfers d’un jeune officier autrichien pris au pièce d’une « impatience du cœur » (titre original du roman) pour une jeune et riche paralytique tombée follement amoureuse de lui. Avec la précision d’un horloger, Stefan Zweig nous plonge dans les méandres et les mirages de la compassion en même temps qu’il dépeint l’état de la société autrichienne à la veille de la seconde guerre mondiale. Le monde comme les âmes y sont au bord du gouffre et se dévoile comment la compassion peut être l’autre visage de la lâcheté et de l’égoïsme. « C’est peut-être cette idée de compassion qui m’a fasciné par-dessus tout. Le sort des populations qui fuient la Syrie nous touche tous ; mais est-ce notre compassion qui nous amène à construire de gigantesques camps dans lesquels nous parquons les réfugiés ? » se demande Simon Mc Burney pour qui les questions soulevées hier par Zweig restent valides pour aujourd’hui. (Aux Gémeaux à Sceaux du 14 au 24 septembre).

Parmi les assidus du Festival d’Automne que l’on retrouvera pour cette nouvelle édition, François Tanguy et son théâtre du Radeau (Soubresaut), Nicolas Bouchaud (Maître ancien de Thomas Bernhard). Reviennent également , Fanny Chaillé (Les Grands), Julie Deliquet ( Mélancolie (S) ).
Une des nouveautés de cette nouvelle cuvée, forte d’une soixantaine de manifestations de théâtre, danse, concerts, spectacles musicaux, performances, est qu’elle s’éclate dans pas moins de 47 lieux partenaires et, de Sceaux à Saint Germain en Laye en passant par Chelles, Noisiel…, part à la conquête de l’Île de France ainsi que nous l’explique son directeur : « Dans un Paris qui devient grand, embrassant un horizon toujours plus large , le Festival se déploie vers de nouveaux territoires franciliens pour une circulation accrue des œuvres et du public ».

Festival d’Automne à Paris du 13 septembre au 31 décembre www.festival-automne.com

Photos Gala/ Jérôme Bel ©Herman Sorgeloos, Stadium/ Mohamed El Khatib ©Pascal Victor, La Pitié Dangereuse/ Simon Mc Burney © Gianmarco Bresadola

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