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Critiques / Théâtre

Festen de Thomas Vinterberg

par Jean Chollet

Saisissant alliage théâtre et cinéma

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Tous les cinéphiles ont gardé en mémoire ce film culte danois présenté en 1998, et lauréat du Prix du jury du Festival de Cannes. Non seulement parce qu’il témoigne partiellement des nouvelles règles filmiques et techniques définies par le mouvement Dogme 95, initié notamment par le cinéaste avec son compatriote Lars von Trier, mais aussi par la force bouleversante de son scénario signé Mogens Rukov. Le jour de son soixantième anniversaire Helge Kligenfeldt, invite famille et amis dans sa luxueuse maison. La fête engagée joyeusement sous les meilleurs auspices, va rapidement se transformer en cauchemar. Portant un toast, son fils Christian, de retour de son exil parisien, révèle à l’assemblée le viol par son père dont il a été victime à maintes reprises durant son enfance, en compagnie de sa sœur jumelle Linda, conduite au suicide des années plus tard dans une chambre d’hôtel par la violence de son traumatisme. Son témoignage accablant ne soulève pas pour autant les réactions immédiates des convives, pour sa part, la mère des deux enfants ayant gardé un silence complice après avoir découvert à l’époque des faits les agissements de son époux. Christian devra encore se battre pour briser la chape de plomb versée sur les secrets de famille et vaincre l’hypocrisie d’une classe sociale attachée aux apparences. Après avoir réglé ses comptes avec son père, libéré par ses aveux, il reprend son bagage pour suivre sa route et amorcer ainsi un nouveau départ dans son existence.

Si le film a fait par le passé l’objet de transpositions théâtrales, notamment en 2002 avec les bonnes versions de Daniel Benoin ou du Polonais Grzegorz Jarzyna lors du festival d’Avignon, elles n’avaient jamais établit une hybridation aussi signifiante, révélatrice et percutante, entre le cinéma et le théâtre. Si l’aménagement du plateau (élégante et pertinente scénographie de Valérie Grall) répond à l’espace de représentation, avec quelques localisations ingénieuses du hors champ, pour accueillir les excellents comédiens et comédiennes réunis par le Collectif MXM, en particulier dans les deux rôles majeurs, Mathias Labelle (Christian) et Hervé Blanc (Helge) - mais tous méritent d’être salués - ; l’ensemble de la mise en scène intelligente de Cyril Teste s’appuie également dans ses articulations sur d’autres ressorts. Avec les captations et montages en direct (hormis le fantôme de Linda) de vidéos bénéficiant de ses expériences passées dans ce registre, par exemple pour Nobody ou Punk Rock, il ne met pas en parallèle les deux formes artistiques mais les associent dans une complémentarité, qui dépasse sa grande virtuosité de réalisation apparente, pour faire partager de manière sensible et émouvante cette cruelle saga familiale et sociologique. Avec en complément, la diffusion de diverses senteurs aromatiques dans la salle pour mettre le spectateur au parfum … si besoin était.

© Simon Gosselin

Festen de Thomas Vinterberg et Mogens Rukov, adaptation théâtrale Bo Hr. Hansen, adaptation française Daniel Benoin, mise en scène Cyril Teste, avec Estelle André, Vincent Berger, Hervé Blanc, Sandy Boizard ou Marion Pellissier, Sophie Cattani, Bénédicte Guilbert, Mathias Labelle, Daniel Léon, Xavier Maly, Lou Martin-Fernet, Ludovuc Molière, Catherine Morlot, Anthony Paliotti, Pierre Timaitre, Gérald Weingand et la participation de Laureline Le Bris-Cep. Scénographie Valérie Grall, lumière Julien Boizard, chef opérateur Nicolas Doremus,montage en direct Mehdi Toutain-Lopez, musique originale Nihil Bordures. Durée 1 heure 50. Odéon Théâtre de l’Europe aux Ateliers Berthier jusqu’au 21 décembre 2017. En tournée jusqu’en juin 2018.

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