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Critiques / Théâtre

Faust de Goethe

par Marie-Laure Atinault

L’éternelle jeunesse ou le salut ? La confirmation d’un jeune talent Ronan Rivière

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C’est un pari singulier et téméraire de monter Faust au Festival Off. L’œuvre dense de Goethe est ici montée par un jeune metteur en scène dont nous suivons le travail. Après avoir présenté un excellent Révizor, joué deux ans de suite avec un immense succès, Ronan Rivière ne tombe pas dans la facilité en montant Faust. Cette œuvre est parsemée de chausses trappes pour ceux qui s’en tiennent à l’anecdote. Peut-être que le texte de Goethe est un peu mis de côté, et disons pratiquement « vampirisé » par l’opéra de Gounod. Dans le cœur des Français, il y a un air de Faust, même si nous ne connaissons pas forcément le compositeur. Le diable mène le bal, mais Goethe tient bien la plume. Ronan Rivière a pris comme pivot la belle et fiévreuse traduction de Gérard de Nerval. Il a fait une version resserrée très habile.

Le docteur Faust se désole sur sa vie et son action. Il en veut à Dieu et décide de mettre fin à ses jours. Un étrange personnage apparaît. Il lui propose de faire mieux que Dieu. Si, il parvient à satisfaire Faust, ce dernier s’engage à lui offrir son âme. Le Diable, car bien sûr il s’agit bien du Diable, veut faire signer un pacte à Faust. Mais on ne joue pas avec le Diable. Tout acte signé est un marché de dupes. Faust abandonne sa dépouille de vieil homme et devient un fringant jeune homme. La belle Marguerite l’enchante. Le diable devient entremetteur. Dans l’assouvissement des plaisirs, qu’il pensait ne plus pouvoir ressentir, Faust se perd mais également la jeune femme.
Le thème de Faust est éternel, le regret du temps qui passe, le mythe de l’éternel jeunesse. Combattre les ravages du temps, pouvoir recommencer ce qui est fini. Mais Faust s’égare et ne se sert jamais de son expérience, de sa sagesse de vieux savant. Affolé par tous les plaisirs qu’il peut assouvir, il oublie l’essentiel : son âme.

Faust est une tragédie de 1808. Goethe multiplie les lieux et les personnages. Ronan Rivière a synthétisé tout cela. Une grande structure métallique, avec de belles arches gothiques, servira de décor. Un reproche néanmoins, les manipulations ralentissent un peu la pièce. Mais nous savons que les conditions avignonnaises ne sont pas toujours les meilleures.

On remarque, avec intérêt, les références au cinéma expressionniste Allemand, mais son diable n’est pas Nosferatu. Méphistophélès, car ainsi le nomme Goethe, est un homme jeune. Point de crâne chauve, ou de rire sarcastique. Méphistophélès n’a pas de plume au chapeau. Il veut faire signer le pacte, pour se délivrer lui-même. Ronan Rivière interprète Méphisto. La plupart du temps, on donne le rôle du diable à un homme mûr, ici le fait que ce soit un jeune homme donne une autre grille de lecture. Il a des langueurs romantiques. Jean-Benoît Terral est le Faust vieux et Anthony Audoux le jeune Faust, deux comédiens tout à fait justes. Nous avons vraiment apprécié que la musique originale de Léon Bailly, soit jouée sur scène en direct, soit par l’auteur soit par Olivier Mazal. Bravo de ne pas être tombé dans le piège de prendre des airs de l’opéra. Un spectacle exigeant qui doit faire partie de votre sélection. Ronan Rivière et sa troupe sont à suivre. Après ne venez pas nous dire que vous n’étiez pas au courant !

FAUST de Goethe
Traduction Gérard de Nerval
Mise en scène Ronan Rivière
Avec Ronan Rivière, Anthony Audoux, Clémence Azincourt, Jean-Benoît Terral Jérôme Rodriguez, Sarah Tick, Léon Bailly

Festival Off d’Avignon 2016
Petit Louvre 3, rue Félix Gras 84000 Avignon Tél : 0432760279

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