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Critiques / Opéra & Classique

Faust de Charles Gounod

par Caroline Alexander

Quand le diable s’en mêle…

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On dit de certaines œuvres qu’elles sont maudites. Macbeth de Verdi et Shakespeare se trouve en tête du lot, suivi par Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach. Faust, qui vient d’être victime à l’Opéra National de Paris d’une succession d’avatars, a rejoint le peloton. Il est vrai que dans chacune de ces trois œuvres veillent des esprits malins, sorcières et compagnie. Dans Faust, c’est Satan en personne qui détient les clés de l’intrigue.

Ainsi, après le départ précipité le vendredi 16 septembre, du chef d’orchestre Alain Lombard, suite à pot pourri d’imbroglios avec le ténor vedette Roberto Alagna (variant selon les versions rapportées et commentées) ce sont deux syndicats de techniciens qui ont pris le relais en décidant de faire grève, trois heures avant le lever de rideau de la première du jeudi 22 septembre. Et réduire le spectacle attendu à une version de concert.

Quatre rangées de chaises grises

Les spectateurs, parfois venus de loin, tout comme les journalistes n’auront donc pas pu voir la mise en scène de Jean-Louis Martinoty qui succède à celle, devenue mythique, que Jorge Lavelli signa en 1975 et qui occupa le Palais Garnier puis la Bastille durant plus de trente ans. Les décors et costumes de Johan Engels et Yan Tax sont restés eux aussi en coulisses. A leur place quatre rangées de chaises grises devant un fond de scène noir deuil. Frustrant. La direction de l’Opéra a promis des compensations à ceux qui n’ont pas voulu ou pu annuler leurs billets. Ils pourront en tout état de cause garder les yeux ouverts pour la retransmission en direct du spectacle le 10 octobre sur France 3 (*).

Les oreilles en tout cas ont pu rester ouvertes et même se régaler. Alain Altinoglu, 36 ans, remplace donc, quasiment au pied levé le vétéran Alain Lombard et se fait applaudir dès son arrivée dans la fosse. Il connaît l’orchestre maison qu’il a déjà dirigé à plusieurs reprises, il connaît Faust, présent à son répertoire, surtout il connaît la musique qu’il façonne avec une énergie dansante et un plaisir communicatif. Il rend à Gounod les couleurs des grands airs qui trottent dans toutes les mémoires et à Faust ses mystères.

Bien que réduit à jouer les statues immobiles alors que sur scène il doit s’ébattre dans les peaux de personnages divers, le chœur lui aussi, malgré quelques décalages, se montra à la hauteur.

L’inquiétante désinvolture du diable

Long, élégant, en habit noir, Paul Gay affiche le cynisme de Méphistophélès en tirant sur les manchettes de sa chemise. Il joue le rôle avec une inquiétante désinvolture et surtout le chante de sa riche voix de baryton basse auquel il ne manque que quelques graves particulièrement abyssaux. Tassis Christoyannis est un Valentin à la fois fougueux et blessé, Angélique Noldus donne à Siebel son allure garçonne et sa fragilité d’adolescent. La mezzo Marie-Ange Todorovitch, comme toujours bien en voix, dans le rôle Dame Marthe, d’un âge bien plus élevé que le sien, se munit d’un châle qu’elle fait tournoyer pour se fabriquer une silhouette un peu fanée.

Les minauderies d’Inva Mula

Les opéras en version de concert, surtout quand ils sont impromptus exigent ce minimum de vraisemblance vestimentaire. Un principe apparemment ignoré de la soprano albanaise Inva Mula qui, corsetée dans un fourreau de satin noir au moule si étroit qu’il entrave sa démarche, trottine comme une petite vieille. Ce qu’elle n’est pas et ce qu’est encore moins Marguerite, la pure jeune fille qui tombe raide d’amour pour ce Faust rajeuni par Satan. Son décolleté ourlé de strass étincelant, son collier du même clinquant, rendent un bien mauvais service au grand air cher à la Castafiore « Ah, je ris de me voir si belle en ce miroir ». Le bracelet qui en supplément vient lui entourer le poignet, ne justifie guère son émerveillement d’enfant pauvre. Pourtant le timbre est d’une belle eau claire, les moyens amples, les aigus aériens et le medium velouté. La voix est jolie sans aucun doute mais elle pâtit de ses incessantes minauderies. Dommage.

Alagna attendu et ovationné

Roberto Alagna n’a pas manqué le rendez .Timbre ferme et clair, diction impeccable, il ne lui manquait, durant la première demi heure, que son enthousiasme rayonnant. Les problèmes de la semaine écoulée et la mauvaise surprise de la soirée lui avaient manifestement ôté le plaisir de chanter. Plus fort que les aléas du plateau, celui-ci remonta bien vite à la surface et rapidement Alagna redevint le Roberto enflammé, attendu et ovationné.

• En direct de l’Opéra Bastille le lundi 10 octobre à 20h35 sur France 3 et à l’auditorium de Louvre, coup d’envoi de son cycle « Une saison… à l’Opéra de Paris ». Réalisation de François Roussillon expert en matière de tournage et retransmissions lyriques.
• Ce Faust sera également diffusé en direct à 19h30 dans plus de 200 salles de cinéma en France et en Europe. Les dates, horaires et listes sont à trouver sur www.france3.fr

Faust de Charles Gounod, livret de Jules Barbier et Michel Carré. Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris, direction Alain Altinoglu, chef du chœur Patrick Marie Aubert, mise en scène Jean-Louis Martinoty, décors Johan Engels, costumes Yan Tax, lumières Fabrice Kebour ; Avec Roberto Alagna, Paul Gay, Inva Mula, Tassis Christoyannis, Angélique Noldus, Marie-Ange Todorovitch, Alexandre Duhamel .

Opéra Bastille, les 22 et 28 septembre, 1, 4, 7, 10, 13, 19, 22, 25 octobre à 19h30, le 16 octobre à 14h30.

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

CREDIT : Jean-Marc Lubrano

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