Farewell, Sir Roger !

Sir Roger Norrington, chef d’orchestre à l’imagination sans égale, vient de nous quitter.

Farewell, Sir Roger !

NÉ LE 16 MARS 1934 À OXFORD, Roger Norrington s’est éteint chez lui, dans le Devon, le 18 juillet dernier. Après avoir étudié le violon et commencé une carrière de ténor (il participa à l’enregistrement du War Requiem de Britten sous la direction du compositeur en personne), il avait étudié la direction avec Sir Adrian Boult au Royal College of Music de Londres – de quoi le prédestiner à se passionner pour la musique de Berlioz, dont il se fit l’un des champions dès la fin des années 1960. Après avoir fondé le Heinrich Schütz Choir en 1962, il enregistra en effet avec cet ensemble, en 1969, un ensemble d’œuvres peu connues de Berlioz (le Ballet des ombres, Le Temple universel, etc.), dont certaines n’ont guère été reprises après lui.

En 1978, il eut l’idée de fonder les London Classical Players, une formation qui, malgré son modeste intitulé, fut pionnière quant à l’interprétation « historiquement informée » du répertoire romantique, dans la foulée de la redécouverte de la musique du XVIIe et du XVIIIe par des ensembles dits baroques, c’est-à-dire en utilisant les mêmes méthodes (instruments d’époque, recherches sur le phrasé, les tempos, etc.). C’est avec cette formation qu’il enregistra en 1988 la Symphonie fantastique (Emi), trois ans avant celle de John Eliot Gardiner à la tête de l’Orchestre révolutionnaire et romantique. Roger Norrington se consacra de nouveau à Berlioz, par la suite, à la faveur d’un cycle publié chez Hännsler, cette fois avec les forces de la SWR de Stuttgart.

Ses passions, évidemment, ne se limitaient pas à Berlioz. Familier de Purcell et Haendel, comme tout baroqueux de bon aloi, il aborda Beethoven, Schumann, Bruckner, Mahler et Tchaïkovski avec le même état d’esprit : « Je m’efforce d’oublier les fausses traditions, ma seule intention est de me conformer autant que possible aux volontés du compositeur. » Une copieuse discographie permet de mesurer le legs de Roger Norrington à la musique, qui est considérable et dépasse de loin celui de nombreux chefs d’orchestre qui se sont contentés de mener une brillante carrière internationale. On ajoutera que Roger Norrington dirigea aussi de 1969 à 1985 le Kent Opera, qui lui permit d’aborder tous les répertoires, de Monteverdi au King Priam de Michael Tippett. Et qu’il fut, entre autres formations qui goûtaient autant ses talents que son humour, l’invité régulier de l’Orchestre philharmonique de Radio France.

Illustration : photo dr

A propos de l'auteur
Christian Wasselin
Christian Wasselin

Né à Marcq-en-Barœul (ville célébrée par Aragon), Christian Wasselin se partage entre la fiction et la musicographie. On lui doit notamment plusieurs livres consacrés à Berlioz (Berlioz, les deux ailes de l’âme, Gallimard ; Berlioz ou le Voyage...

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