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Critiques / Théâtre

Fantasio d’Alfred de Musset

par Corinne Denailles

Délicieusement mélancolique

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Fantasio est un petit-bourgeois criblé de dettes (comme tout bourgeois qui se respecte, dit-il) qui traîne son ennui avec ses copains de beuverie. Prêt à tout pour échapper à ses créanciers, il s’arrange pour prendre la place du bouffon de la cour de Bavière récemment décédé. Le voilà dans l’intimité de la princesse Elsbeth (Sarah Capony) promise à un mariage de convenance, organisé pour éviter la guerre. La jeune personne accepte de se sacrifier pour l’amour de son père et d’épouser l’épouvantable prince de Mantoue, personnage grossier et ridicule qui vient à la cour déguiser en valet pour mieux étudier à son aise la princesse. Fantasio se mêlera de ce qui ne le regarde pas, car son idéalisme ne supporte pas les compromissions et puis il y gagne sur tous les tableaux ; l’aventure lui permet de tromper son oisiveté, de séduire la princesse et de se retrouver en prison, à l’abri des créanciers. Ainsi, le mariage ne se fera pas, la guerre sera déclarée et la princesse ne pourra retenir auprès d’elle le fantasque Fantasio.
Le théâtre de Musset a beau être très littéraire, sous-entendu pas très théâtral, il passe néanmoins rudement bien la rampe. Entendre les élans romantiques et le mal de vivre du pauvre Fantasio dans cette langue magnifiquement ciselée reste une délectation dont on ne se lasse pas surtout quand c’est Nicolas Vaude qui mène la danse. Un peu dandy, un peu poète, les cheveux emmêlés sur la tête comme l’orphelin de Rimbaud, le nez pointé vers le ciel muet, il est tout entier animé d’une brûlante exaltation désespérée qui le fait disserter sur le mal de vivre avec brio et jouer sa vie comme au poker. Cette pièce est si peu théâtrale qu’on se moque un peu de l’histoire qui n’est que l’écrin de la pensée de l’auteur pour qui Fantasio est un double de fantaisie, un alter ego gaîment mélancolique.

Fantasio d’Alfred de Musset, mise en scène Stéphanie Tesson, avec Nicolas Vaude, Sarah Capony, Jean-Michel Kindt, Maxime Lombard, Frédéric Longbois, Olivier Foubert, Mathias Maréchal, Sébastien Pépin. Au théâtre du Ranelagh jusqu’au 17 novembre. Tél. 01 42 88 64 44.

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