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Critiques /

Faim de Knut Hamsun

par Corinne Denailles

Un texte et un comédien bouleversants

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Reprise du spectacle Faim, d’après l’ouvrage du Norvégien Knut Hamsun, avec Xavier Gallais, et la complicité d’Arthur Nauzyciel, présenté en 2011 au théâtre de la Madeleine. Le projet est celui de Xavier Gallais qui brûlait d’envie de dire ce texte extraordinaire.

Knut Hamsun, prix Nobel de littérature en 1920, était un drôle de personnage qui a eu une jeunesse difficile, a adhéré au parti pro-nazi du Norvégien Vidkun Quisling, aurait même dédié son prix à Goebbels. Il était anti-démocrate, n’était pas antisémite, semble-t-il, mais admirait la force du pouvoir nazi. On l’a fait passer pour fou un temps. Drôle d’oiseau, plutôt encombrant pour le gouvernement norvégien qui finalement, pour le 150e anniversaire de sa naissance, a choisi d’oublier la face obscure de l’individu pour ne mettre en lumière que le talent immense de l’écrivain.
Faim est le récit à la première personne, en partie autobiographique, d’un journaliste sans le sou qui erre dans les rues de Christiania (l’ancienne Oslo) tenaillé par la faim, une douleur si terrible que même lorsqu’il trouve un os à ronger, son organisme trop affaibli ne peut le tolérer. La souffrance est telle qu’il envisage même quelques secondes de mordre dans sa propre main. Elle provoque des hallucinations, le plonge dans une sorte de somnolence proche du coma ; il se sent mourir, partir. Rarement écrivain sut décrire avec autant de précisions les affres de la faim.
Xavier Gallais travaille au plus près du texte, se faisant véritablement passeur, entre lecture et théâtre. La brochure à la main, suivant du doigt ligne à ligne, toutes lumières allumées, il est la voix intérieure du lecteur ; peu à peu, il lâche le texte pour incarner le narrateur, les lumières s’éteignent au fur et à mesure que le personnage s’enfonce dans l’obscurité de sa douleur, aux abords de la folie. Gallais maîtrise parfaitement ces allers retours du texte à la scène qu’il veut d’abord ostensibles jusqu’à ce que le théâtre happe le texte et le personnage. Le comédien se glisse dans la peau des mots et réciproquement. Ainsi, il fait résonner aujourd’hui toute la beauté et la force d’un texte écrit en 1890, et son éternelle actualité de malheur.

Faim de Knut Hamsun, adaptation Florient Azoulay et Xavier Gallais, traduction Régis Boyer et Georges Sautreau ; mise en scène Arthur Nauzyciel ; avec Xavier Gallais. Au Lucernaire jusqu’au 25 septembre du mardi au samedi à 21h. Durée : 1h20. Tel : 01 45 44 57 34.
www.lucernaire.fr

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