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Critiques / Théâtre

Fabrice Luchini et moi d’Olivier Sauton

par Gilles Costaz

Le vieux loup et le chien fou

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Ce spectacle vient d’être retiré de l’affiche par le théâtre La Bruyère. La révélation de tweets antisémites d’Olivier Sauton et de son ancienne familiarité avec Dieudonné (il a co-écrit le scénario du film de Dieudonné, L’Antisémite) a discrédité ce comédien dont nous avions apprécié la prestation mais dont nous condamnons, bien évidemment, des écrits odieux et inadmissibles.

Nous n’avions pas encore rendu compte d’un spectacle qui connaît un grand retentissement depuis plus de deux ans. Mas il est à parier que ce Fabrice Luchini et moi d’Olivier Sauton va se jouer encore plusieurs années. Sauton part d’une histoire vraie, d’un épisode de sa vie. Marchant dans les rues de Paris en pleine nuit – il est deux heures du matin – il rencontre Fabrice Luchini qui, comme lui, traverse la capitale endormie en solitaire. Sauton, jeune comédien inconnu, salue le grand Luchini et, intrépide, lui demande de lui dire une fable de La Fontaine. Luchini, amical, lui dit La Tortue et les Deux Canards (qui n’est pas le poème le plus connu du fabuliste !). La rencontre s’arrête là. Mais Sauton imagine qu’elle va se prolonger, le débutant demandant à la vedette de lui donner des cours de théâtre dans les jours qui suivent. On assiste alors au face à face d’un jeune homme qui ne sait rien, regarde n’importe quel film et drague les filles plus qu’il ne travaille dans l’effervescence brouillonne des bandes de jeunes en quête de rôles, et d’un acteur accompli qui n’hésite pas à révéler ses secrets. Un Luchini, narquois mais patient, compose, à trois reprises, des cours improvisés, dans le jardin du Luxembourg et ailleurs, avant de disparaître. Au fil des dialogues, le débutant change et s’améliore. Luchini lui aura enseigné son amour des textes et sa rigueur du jeu.
C’est, d’une certaine façon, un pastiche. Voilà ce que Luchini aurait pu dire s’il avait prolongé une rencontre avec un jeune comédien. Et l’on y croit. Olivier Sauton a tout capté de Luchini ! Son regard qui s’agrandit, sa diction qui change de note, allonge ou accélère les syllabes, ses silences interrogatifs, sa pensée obsédée de perfection dans la fidélité à Louis Jouvet à Jean-Laurent Cochet, son art des formules éclairantes. Sauton joue si bien Luchini qu’il est peut-être meilleur en Luchini qu’en Sauton ! Mais il se dépeint en comédien encore pataud et, dans ce rôle, s’il est moins éclatant, il n’en est pas moins juste et drôle. Le spectacle, que Luchini est venu voir et a apprécié, va bien au-delà de l’imitation réussie. On n’est pas là dans un simple show mais dans une pièce qui s’interroge sur la pratique d’un art. En même temps qu’un hommage à l’un de nos grand acteurs, c’est une comédie pertinente sur le difficile travail de l’artiste de théâtre qui n’atteint sa vérité que lorsqu’il s’est débarrassé de ses facilités. C’est aussi une nouvelle fable de La Fontaine, cette confrontation : le vieux loup et le chien fou.

Fabrice Luchini et moi de et avec Olivier Sauton. Texte aux éditions de L’Arche.
Théâtre La Bruyère du mercredi au samedi à 19h. (Durée : 1 h 30).

Photo Denis Tribhou.

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