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Expositions Chagall et la musique à Paris et Roubaix

par Olivier Olgan

La portée musicale de Chagall.

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Entre couleurs et archétypes, la musique est omniprésente dans l’œuvre de celui qu’Aragon nommait « l’homme-violoncelle ». Pour nous plonger dans sa quête à la fois esthétique et spirituelle d’un art total, la Philharmonie de Paris et La Piscine-Roubaix ont réuni leurs forces et plus de 500 œuvres pour proposer deux parcours complémentaires.

Vers un art total.

« Cette expérience de toute une vie est une contribution essentielle, par son ampleur et sa durée notamment, à la synthèse des disciplines artistiques qui a tenté presque toutes les grandes figures de l’art moderne et contemporain » rappellent d’emblée les deux directeurs Bruno Gaudichon (Roubaix) et Éric de Visscher (Musée de la Musique, Paris) dans l’introduction du catalogue commun co-publié avec Gallimard*. Chaque parcours, très didactique même si une large place est laissée à un vagabondage coloré et musical, se répartit selon l’articulation de deux titres que Chagall a donné à son dyptique manifeste commandé en 1966 pour le Metropolitan Opera de New York : Roubaix s’attache aux Sources de la musique qui suivent les racines esthétiques de Chagall, Paris valorise Le Triomphe de la musique dédié aux projets monumentaux et scéniques. Le résultat est un vertige de couleurs et de sons, de poésie et de grâce.

Aux sources de la musique.

A Roubaix, l’ambition est de restituer au plus près l’empreinte musicale qui marque la plastique et l’imaginaire d’un peintre dont le grand-père était chantre à la synagogue et qui envisagea un temps devenir violoniste. Plus de 200 œuvres et documents (eaux fortes, lettres, …) sont réunis pour retrouver ses racines d’inspiration, restituer son environnement culturel et familial, et ses influences musicales (de Bach à Schoenberg) et picturales (du cubisme au surréalisme). En optant pour une carrière de peintre, Chagall brave un interdit de la tradition hassidique pour laquelle la représentation humaine est prohibée. Il n’arrêtera plus de bousculer les codes et les conventions. Les archétypes se multiplient. Son univers pictural se peuple des éléments sonores qui le rendent si identifiables : l’oiseau, le violoniste figurant le juif errant… pour dessiner une véritable dynamique poétique, colorée rythmique qu’il enrichira toute sa vie pour un véritable Triomphe de la musique.

Une invitation au bonheur musical.

Les vastes salles de la Philharmonique de Paris facilitent l’immersion du visiteur dans les projets monumentaux pour les maisons d’opéra ou le spectacle. Avec un parcours chronologiquement inversé. Le visiteur remonte le temps avec la musique pour fil conducteur ; du plafond de l’Opéra de Paris (1964) au du décor du théâtre d’art juif (1920). « Il y a une véritable jubilation dans la peinture de Chagall, insiste le pianiste russe Mikhaïl Rudy, intime de Chagall et directeur artistique de l’exposition. Dans la lignée des fresques de Fra Angelico, des villas de Palladio ou des opéras de Mozart, la peinture de Chagall fait appel à tous les sens ; non seulement elle se regarde, mais il faut apprendre à l’écouter. »

Dès la première salle, l’explosion de couleurs est au rendez-vous ! Le visiteur est aspiré – au propre comme au figuré –par le gigantesque écran (5,50m) qui l’entraîne au plus près du plafond de l’Opéra de Paris (commandé par Malraux en 1962) entièrement numérisé en très haute définition. La performance technique signée Google Lab institute est d’autant plus éblouissante qu’elle efface la place du lustre pour un véritable voyage visuel et sonore. Le plafond danse grâce un travelling qui enchaîne les différents univers musicaux - de Debussy à Rameau - synchronisée avec les choix musicaux de Mikhaïl Rudy. Le processus de création est documenté par de nombreuses maquettes et photographies, montrant toutes les expérimentations notamment chromatiques du peintre.

Ensuite, il suffit de se laisser aller dans ses collaborations dans l’univers lyrique et théâtral : décors, costumes, spectacles, ... Rien de l’univers lyrique ne semble étranger à ce peintre qui fit ses premières armes sur les murs du Théâtre juif en 1920, dont l’intégralité des panneaux miraculeusement sauvegardés constitue le véritable clou et… la dernière salle de l’exposition. Le visiteur ressort un peu groggy de tant de lumière, de couleurs, de matières artistiques et sonores, mais fasciné d’avoir découvert une facette aussi ambitieuse d’un peintre pourtant si familier.

« La particularité de l’univers pictural de Chagall, écrit Meret Meyer dans son article ‘Art total et la notion de modernité dans l’œuvre de Marc Chagall’ , réside ostensiblement dans son imaginaire épanoui, déployé à l’’écoute’ des prescriptions bibliques sublimées avec une étonnante agilité et inventivité, entre contournement et détournement. »

Véritable somme sur le sujet, le catalogue se libère lui aussi des contingences chronologiques pour traiter en profondeur de thématiques ambitieuses avec des contributions passionnantes des meilleurs spécialistes. « La peinture est un chant : écoute dit le poète, Chagall entend la voix des anges  » écrivait Sylvie Forestier, directrice récemment disparue du Musée national du message biblique Marc Chagall où les deux parcours expositions se rejoindront à partir du 5 mars 2016.

A Paris, les plus jeunes accompagnés de leurs parents ont le droit à une ‘Petite boite à Chagall’ où sur 400 mètres carrés plus d’une quinzaine d’ateliers ludiques les attendent pour (se) jouer des sons et des couleurs et appréhender les ressorts poétiques d’une œuvre joyeuse et musicale. Bien plus ambitieuse et profonde que l’histoire de l’art a tendance à la réduire.

Philharmonie de Paris & La Piscine-Roubaix jusqu’au 31 janvier 2016
La petite boîte à Chagall à Philharmonie 2, ouvert au public le mercredi et pendant les vacances scolaires de 12h à 18h, et le samedi et dimanche de 10h à 18h

*Catalogue unique, sous la direction d’Ambre Gauthier et Meret Meyer, éditions Gallimard (352 pages, 45 €)
Musée National Marc Chagall, Nice du 5 mars au 3 juin 2016

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