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Critiques / Théâtre

Exposition Duras Song au Centre Pompidou

par Dominique Darzacq

le portrait d’une écriture

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A l’occasion du centenaire de la naissance de Marguerite Duras, née le 4 avril 1914, la bibliothèque publique d’information (BPI) et l’Institut Mémoire de l’édition contemporaine (IMEC) se sont associés pour, avec le concours de l’INA, lui rendre hommage à travers une exposition de son œuvre. En la matière, l’ennui est le risque d’une adresse confinée au cercle des seuls connaisseurs. Un écueil qu’évite brillamment Jean-Marc Collard, le commissaire de l’exposition aidé pour sa mise en espace par la plasticienne Thu Van Tran qui a imaginé une scénographie qui d’emblée livre les clés d’une exposition qui tient en retrait la personne Duras au profit de son œuvre et la met en scène de façon telle que le grand public entre de plain-pied dans l’univers Durassien.

Avec comme support une manière d’habitat aux murs bleu de Méthylène, de celui dont les éditeurs se servent pour effacer les traces des livres qu’ils mettent au pilon, l’exposition se décline sur deux modes : le dehors et le dedans, soit le monde extérieur et l’univers intérieur, celui de la création de l’écrivain. « Vous voyez, quelquefois je faisais des articles pour les journaux. De temps en temps, j’écrivais pour le dehors, quand le dehors me submergeait, quand il y avait des choses qui me rendait folle, outside, dans la rue, ou que je n’avais rien de mieux à faire » écrivait-elle dans son avant-propos pour Outside , recueil de plusieurs articles publiés dans différents journaux et revues. C’est à partir de lui que s’articule la première partie de l’exposition, consacrée aux multiples prises de position, publiques et politiques, de Duras. De photos en articles ou entretiens radiophoniques, de la résistance aux dernières rencontres avec Mitterrand, en passant par la dénonciation de la guerre d’Algérie ou la signature du manifeste des 343 salopes, on suit les vicissitudes de la vie politique du temps et les combats d’un écrivain résolument inscrite dans son époque, on y rencontre aussi ses errements tel l’article paru dans le journal Libération sur l’affaire Villemin. « Je me suis pas mal trompée, je revendique ce droit » écrivait-elle justement dans l’avant-propos d’ « Outside ».

La partie intérieure, qui figure le hall d’entrée des Roches noires à Trouville et où elle avait un appartement, nous fait entrer au cœur de l’œuvre et du travail d’une écriture qui ne cesse de se démultiplier pour investir tous les champs de la création.

Documents originaux, tapuscrits, extraits vidéo d’entretiens et de tournages, extraits de films Hiroshima mon amour , Le Camion , India Song où l’exposition nous fait passer de l’écrit, avec l’intégralité du scénario, au film avec un long et magnifiquement plan de Delphine Seyrig rejoignant Michael Lonsdale, assis sur une banquette. Autant de fascinants témoins d’une œuvre protéiforme qui traverse tout à la fois la littérature, le cinéma, le théâtre et la vie publique du XXème siècle.
Par sa conception et sa mise en scène, cette exposition ouverte à un large public est sans doute une des meilleures manifestations qui aura marqué le centenaire de Marguerite Duras et la plus pertinente façon de le ponctuer.
Cerise sur le gâteau, elle sera émaillée de projections de films, de vidéos, des rencontres avec des écrivains, des lectures faites par les jeunes comédiens de la Comédie-Française. Mais ce sera à Dominique Blanc, inoubliable lectrice de « La Douleur » qu’il revient d’inaugurer les lectures le 20 octobre.

Duras Song, portrait d’une écriture jusqu’au 12 janvier
BPI Centre Pompidou tel 01 44 78 43 51 www.bpi.fr

Photos « Encre assassine » 2014 ©Thu Van Tran portrait de Marguerite Duras collection Jean Mascolo ,
« Yes, peut-être placard d’épreuves Marguerite Duras ©Fonds Marguerite Duras Immec.

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