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Critiques / Théâtre

Ex anima de Bartabas

par Gilles Costaz

Une lanterne magique en noir et blanc

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Le dernier spectacle de Bartabas est annoncé comme le dernier chapitre d’une aventure commencée il y a trente ans. Pas sûr. Quand on a une vision personnelle du monde et un théâtre magnifique, le désir de créer à nouveau peut renaître à tout moment. Il est vrai pourtant que Bartabas, cette fois, ferme une boucle. Il avait commencé en rompant avec le dressage et en montrant, à l’intérieur de compositions esthétiques, des chevaux en pleine liberté (ce qui a beaucoup été copié depuis). Re-voilà des chevaux apparemment livrés à eux-mêmes, courant sur la large piste de sable noir, en file indienne, en groupe, se défiant, se mordillant, jusque dans les préludes de l’acte sexuel. Pas de cavaliers, ou très peu. Chaque séquence est une mise en image, un cadrage différent : les chevaux suivent une route, ou bien ils sont errants. Ou arrêtés. Ou couchés. Une musique dite du souffle, utilisant surtout des instruments asiatiques, accompagne les destriers, changeant à chaque scène de respiration. Des hommes interviennent, discrets ou cachés : ils sont dans une robe noire et portent un petit bonnet, tels des prêtres ou des bonzes.
Tout est méticuleux, de façon à ce que ce monde majoritairement noir et blanc soit mystérieux, comme tourné vers un mythique monde des origines. Les humains s’inclinent devant les chevaux, comme s’ils étaient nos supérieurs, nos dieux mêmes. La composition scrupuleuse de Bartabas est celle d’un peintre naïf. Tout n’a pas la fulgurante beauté des moments où les chevaux trottent la crinière dansant dans la lumière des projecteurs. L’élévation d’un cheval par un filin dans les hauteurs du théâtre est assez ridicule. Que prouve-t-elle ? Le contraire de ce qui est affirmé, puisqu’on nous dit que tout ici provient du génie de l’animal. On sent bien que la liberté du cheval est mise en scène d’une main de fer. Où est la liberté quand tout est si prémédité ? L’énorme travail que cela implique mérite l’admiration. Pourtant, les très beaux tableaux que comporte cette lanterne magique sans couleurs ne peuvent corriger l’impression générale, celle d’une fresque séduisante mais laborieuse où un artiste d’aujourd’hui tente de retrouver d’une manière appliquée l’inégalable tracé aérien des peintures rupestres de Lascaux et Chauvet.

EX ANIMA, CONCEPTION, SCÉNOGRAPHIE ET MISE EN SCÈNE 

BAR­TA­BAS


MUSIQUE ORIGINALE (COMPOSITION AUTOUR DU SOUFFLE) 

Fran­çois Ma­rillier, Vé­ro­nique Piron, Jean-Luc Tho­mas, Wang Li. Ins­tru­ments : Hu­lusi (flûte de chine) ; Tin-Whistles (flûtes d’Ir­lande) ; Ban­surî (flûte d’Inde du Nord) ; Sha­ku­ha­chi, Ryu­teki, Nôkan (flûtes du Japon)


AVEC DANS LEUR PROPRE RÔLE :

les chevaux CINTRÓN, DO­MINGUÍN, MAN­ZA­NARES, NIMEÑO, AR­RUZA, EL GALLO, BEL­MONTE, BOM­BITA, CHI­CUELO, EL COR­DO­BÉS, PA­QUIRRI, EL SORO, MA­NO­LETE, EL VITI, GUERRE, FA­MINE, CONQUÊTE, MI­SÈRE, LUG, DAGDA, OGME, NUADA, CREDNE, MAC OC,


LE GRIN­CHEUX, AN­GELO, TSI­GANE, VAN GOGH, CA­LA­CAS, LU­CI­FER en al­ter­nance avec , BA­MAKO, MA­JES­TIC, NOU­REEV, LA MULE, L’ÂNE, LE TIN­TO­RET, ZUR­BARÁN.

Théâtre Zingaro, Aubervilliers, tél. : 01 48 39 54 17. Mardi, Mercredi, Vendredi, Samedi à 20h30 Dimanche à 17h30. (Jusqu’au 21 décembre). Durée : 1 h 40. Le théâtre publie un livre-abum, Ex Anima, illustré des photographies de Marion Tubiana.

Photo Marion Tubiana.

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