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Critiques / Théâtre

Eugénie, de Côme de Bellescize

par Jean Chollet

La vie face au handicap

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Avec sa compagnie, “Le Théâtre du Fracas”, fondée en 2004 avec Vincent Joncquez, l’auteur et metteur en scène Côme de Bellescize aborde des thématiques sociétales dérangeantes, comme ce fut le cas en 2012 avec Amédée, interrogeant de belle manière le droit à l’euthanasie pour un accidenté tétraplégique incurable. Aujourd’hui, il porte son regard sur le handicap, à travers la trajectoire de Sam et Sarah, couple désirant sans succès un enfant depuis longtemps, manque qu’ils parviennent à combler grâce à une assistance médicale à la procréation. Tout semble dans l’ordre. Mais une échographie de contrôle révèle que leur fille, baptisée Eugénie, souffre d’un handicap irréductible, ainsi détecté avant sa naissance. Commence alors pour les parents, accompagnés de la mère de Sarah, l’obligation de résoudre un choix douloureux, limité dans le temps du cadre législatif, sur la nécessité ou non de faire vivre un enfant dont l’avenir se révèle terrifiant et angoissant.

Sur la scène, les argumentations évoquées pour résoudre cette situation tragique sont respectivement abordées de manières contradictoires par Sam (Jonathan Cohen), futur père un poil inconséquent, vendeur de matériel technologique, dont une photocopieuse témoignant des aléas – allusifs - de la reproduction, entre des œuvres de Piet Mondrian et Jackson Pollock, Sarah (Eléonore Juncker) animée et rongée par la ferveur de son instinct maternel, sa mère militante féministe envahissante, également interprète de Eugénie avec ses poupées chiffonnées (Estelle Meyer), et d’un médecin ambigu ou encore d’un flic associé à singulière enquête policière (Philippe Bérodot).

On aura compris, que ce sujet sensible abordé sans parti pris ni moralisation, croise sous différentes formes, avec un humour décalé, la réalité aux fantasmes, l’imaginaire à l’onirique, pour lequel on peut regretter que la scénographie fonctionnelle et évocatrice, surtout centrée sur une boîte minérale métaphorique de Sigolène de Chassy, n’accompagne pas plus avant (faute d’espace ou de moyens ?) un climat visuel davantage adapté aux flottements du royaume des rêves, et à sa sensibilisation. Mais, avec la densité d’interprétation des quatre bons comédiens, bien dans le rythme enlevé et tonique de la mise en scène, cette création pose avec acuité des questions existentielles poignantes, et ouvre des réflexions sur les caractéristiques d’une société chaotique, en perte de repères jusque dans sa conception de la normalité.

Texte édité à L’Avant – scène théâtre.

Eugénie, texte et mise en scène Côme de Bellescize, avec Philippe Bérodot, Jonathan Cohen, Eléonore Joncquez, Estelle Meyer. Scénographie Sigolène de Chassy, lumière Thomas Costerg, son Lucas Lelièvre, costumes Colombe Lauriot Prévost, musique originale Yannick Paget. Durée : 1 heure 30.
Théâtre du Rond –Point Paris jusqu’au 13 décembre 2015.

En tournée, Théâtre de L’Ephémère/ Le Mans, les 25 et 26 janvier 2016, Théâtre Gérard Philippe/ Champigny-sur-Marne (94), 29 et 30 janvier, Ecam / Le Kremlin-Bicêtre (94) le 13 février, Théâtre Jean Vilar/Suresnes (92) le 16 février 2016.

Photos © Antoine Melchior

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