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Critiques / Théâtre

Etat de siège d’Albert Camus

par Gilles Costaz

La beauté d’une pièce maudite

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C’est le ratage de Camus ! La pièce qui lui valut en 1948 les foudres de la critique et que la postérité n’a jamais vraiment réhabilitée ! C’est dire le courage de Charlotte Rondelez que de s’attaquer à ce texte quelque peu maudit. Elle fait en l’allégeant et en l’adaptant. Elle a enlevé l’article du titre original ( L’Etat de siège) pour bien montrer que le texte n’était pas intégral ! On lui donnera raison car, amincie, la pièce perd de son abstraction un peu solennelle et prend une vivacité imprévue. Bien que la Peste soit l’un des personnages principaux, il ne s’agit pas d’une œuvre reprenant la trame du roman qui tourne autour de cette épidémie. Nous sommes dans un pays imaginaire dont s’empare, précisément, la Peste. Celle-ci arrive avec sa secrétaire et fait régner sa terreur. C’est l’écrasement de la liberté et de l’amour, perpétré par ces deux individus féroces. Porté par son esprit d’indépendance et par sa passion d’une femme, le jeune Diego est le seul à résister. Il paiera de sa vie sa rébellion mais la nation a acquis à travers ce combat héroïque une chance de revivre.

La mise en scène utilise le manque d’espace de la deuxième salle en y installant un décor double : au fond, une ville, dont les murs – ou plutôt, les murets - sont coulissants et où les personnages sont des acteurs-marionnettes (ils actionnent un corps de petite taille devant leur buste tout en utilisant leur visage dans cette construction d’êtres qui ressemblent à certaines caricatures) ; au premier plan, l’aire nue où les interprètes peuvent se déployer devant les spectateurs. Ainsi sommes-nous face à un conte narré avec une ironie sous-jacente et dans un jeu de transformation toujours galopant (quatre des six acteurs jouent plusieurs personnages).

L’adaptation, en allègent la démonstration politique, favorise l’histoire d’amour, donnant une respiration mythique qui n’a pas l’aspect doctrinaire de ce qui est par Camus trop pensé, prémédité, expliqué. Adrien Jolivet et Claire Boyer sont de beaux amants rayonnant malgré la cruauté du monde. Simon-Pierre Boireau et Céline Esperin sont, au contraire, avec un sens efficace de la noirceur et de la tyrannie, la cruauté du monde. Antoine Seguin et Benjamin Broux se métamorphosent avec une jolie habileté.

En miniaturisant Etat de siège, Charlotte Rondelez a su donner à la pièce une respiration plus ample et mettre en évidence sa beauté oubliée. Décidément, cette jeune femme metteur en scène, après son épatant To be Hamlet or Not, sait faire vivre d’une vibration neuve tout ce qu’elle touche. Quel sera son prochain objectif après Camus ?

Etat de siège d’Albert Camus, adaptation et mise en scène de Charlotte Rondelez, décor de Vincent Léger, marionnettes de Juliette Prillard, lumières de Jacques Puisais, avec Simon-Pierre Boireau, Claire Boyé, Benjamin Broux, Céline Esperin, Adrien Jolivet, Antoine Seguin.

Les Trois Soleils, 19 h, tél. : 04 90 88 27 33.

Photo Clémence Cardot

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