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Critiques / Théâtre

Et l’acier s’envole aussi d’après Apollinaire et Madeleine Pagès

par Gilles Costaz

Naissance et extinction d’une passion

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Guillaume Apollinaire et Madeleine Pagès : ce fut longtemps l’une des relations les amoureuses du poète les moins connues. L’édition et le théâtre ont peu à peu révélé cette passion qui prit naissance pendant la Première Guerre mondiale. Le 1er janvier 1915, une jeune fille partage le compartiment de son train, qui démarre de Nice, avec un soldat en permission. Ce soldat parlait de poésie en montant dans le wagon. Elle aborde ce sujet avec l’inconnu, qui reconnaît qu’il est poète. Mais elle n’a jamais entendu de parler de cet homme surnommé Apollinaire et déjà très estimé dans le monde de l’édition. L’accord, la séduction n’en sont pas moins immédiats. Dans les années qui suivront, ils s’écriront beaucoup. A la fin de 1915, Apollinaire profita d’une permission pour rendre visite à Madeleine, à Oran où elle habite avec sa famille. Très enflammé, l’écrivain tempère peu à peu ses sentiments. Il a été blessé au crâne. Dans sa tête qui souffre doublement, il s’éloigne. Peur de l’échec, crainte de l’impuissance, détachement au profit d’une autre ? Entre eux, il n’y aura plus de rendez-vous. Apollinaire épouse une autre femme avant de mourir très vite. Des années plus tard, Madeleine fera connaître la correspondance qu’elle a échangée avec cet amant littéraire (les lettres d’Apollinaire sont très sensuelles mais les amoureux n’eurent pas l’occasion de vivre ensemble).
Plusieurs spectacles ont déjà utilisé ces textes. Mais celui qu’ont imaginé Pierre Béziers et le théâtre du Maquis d’Aix-en-Provence n’est pas une mise en lecture ou en dialogue. C’est une véritable composition qui dépasse tous les genres, en tenant du récital, de la conférence, de la libre création d’un univers plastique et musical autour du thème, de la projection d’un moment d’Histoire dans un univers culturel où se font face les réalisations d’hier et les pensées d’aujourd’hui. A la gauche de la scène, Florence Hautier incarne Madeleine Pagès telle qu’elle pouvait être entre les deux guerres. Mais elle est aussi Madeleine à différents âges, d’autres personnages, d’autres symboles. Non loin d’elle, deux musiciens occupent l’espace, derrière des claviers et divers instruments. Ils portent des casques de poilus mais jouent (et composent) une musique très moderne. Samuel Bobin utilise surtout des percussions. Martin Béziers Mabz recourt principalement au clavier. Ils peuvent quitter leur place pour parler, figurer des personnages. Sur le grand écran du fond s’inscrivent des images, les textes de certaines lettres, les tableaux que peignaient les amis d’Apollinaire (Picasso) et qui ne manquent pas d’érotisme. Florence Hautier, c’est l’âme de la soirée, l’esprit et la chair des mots. Les deux musiciens, c’est une pulsion dansante qui donne à la passion mythique une réinvention parfaitement scandée. Pierre Béziers a toujours eu le sens du bricolage artistique. Il bidouille avec le génial et le quotidien. Tous ainsi réinventent en scènes toujours cardiaques la fulgurance qui traversa le ciel de 1915 à 1916 et son ombre mélancolique.

Et l’acier s’envole aussi, conception et mise en scène de Pierre Béziers à partir de Lettres à Madeleine de Guillaume Apollinaire (Gallimard), musique originale de Martin Béziers et Samuel Bobin, décor de Michel Vautier, costumes de Magali Leportier, images projetées de Nicolas Hurtevent, lumière et son de Jérémie Hutin, avec Florence Hautier, Martin Mabz et Samuel Bobin.

Espace Roseau, 21 h 05, tél. : 04 90 25 96 05, jusqu’au 30 juillet. (Durée : 1 h 25).

Photo Bernadette Thumerelle.

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