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Critiques / Théâtre

Erling de Christina Herrström

par Gilles Costaz

Un fils venu de nulle part

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Cela commence comme une pièce d’une tranquille banalité : la veille de Noël, deux anciens amants se rencontrent alors qu’ils font leurs dernières courses. Ils n’ont pas de temps mais ils prennent quelques instants pour se poser les questions qui s’imposent : que font-ils l’un et l’autre ? Pourquoi ne se sont-ils pas revus deuis pas mal d’années ? Sont-ils heureux dans leurs nouvelles vies ? Mais leur conversation ne s’éternise pas. Chacun est pressé. Pourtant, ils vont se revoir et c’est là que la pièce perd son aspect de pièce déjà vue cent fois. Tout à coup, un jeune homme apparaît. Celui-ci se présente comme leur fils, si content d’avoir trouvé ses parents. Or les deux amants d’autrefois n’ont jamais eu d’enfant au temps de leur liaison. Le jeune homme est pourtant formel : il est leur fils et a tant besoin de leur affection ! Quelle attitude adopter ? Ils choisissent la méfiance et la prudence. Ont-ils affaire à un mirage ou bien ont-ils perdu la faculté d’aimer ?
C’est une troupe régionale, modeste, le théâtre de l’Echappée, à Laval, qui a mis la main sur ce texte passionnant et en fait la création en langue française. Il s’agit d’une vraie découverte, de la révélation d’un auteur qui semble important. L’insolite et l’humour veinent ce texte qui, d’une manière progressive, sans s’attarder en des explications, fait exploser le conformisme de nos sociétés et décrit l’individu d’aujourd’hui comme peu doué pour prendre le virage de l’amour et même tout à fait incapable de saisir cette chance. François Béchu monte très finement cette rencontre en deux temps : ordinaire d’abord, extraordinaire ensuite. Le décor change. La vie quotidienne, soudain, se confronte à la surprise. Les deux acteurs principaux, Gwénola de Luze et Alexandre Fabre, sont pleins de tout ce que la vie a de complexe, de rêves blessés et d’ambiguïtés protectrices. Ils sont parfaitement ces partenaires désunis qui composent avec leur échec. Dans le rôle du fils (vrai ou faux), Samuel Giezek a quelque chose de rimbaldien, fait de tendresse cachée et d’insolence ouverte. Avec eux, quelle belle pièce pour secouer les cœurs et les cerveaux endormis !

Erling de Christina Herrström, texte français de Frédéric Noguer, mise en scène de François Béchu, scénographie d’Olivier Borne, costumes de Camille Barnes, lumières de Cécile Radin, musique de Minino Garay, création sonore d’Arnaud Coutancier, travail chorégraphique de Claudine Orvain, avec Gwénola de Luze, Alexandre Fabre, Samuel Giezek.

Théâtre de l’Arrache-coeur, Avignon, 22 h 10, tél. : 04 86 8176 97, jusqu’au 30 juillet (relâche les 20 et 27. (Durée : 1 h 15). Texte édité, en version bilingue, par le Théâtre de l’Echappée, Laval, collection « L’applaudissement du silence ».

Photo Léa Béchu.

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