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Critiques / Théâtre

Entretiens d’embauche d’Anne Bourgeois

par Gilles Costaz

Les puissants et les faibles

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Anne Bourgeois est un metteur en scène dont les réussites ne se comptent plus. Qu’on pense à Des gens bien, Les Voeux du cœur, Les Diablogues, Les Cavaliers... Quelle intelligence du texte et de l’incarnation du texte ! La voilà tentant de gagner ses galons d’auteur, tout en faisant, bien sûr, la mise en scène de sa première pièce. D’emblée, elle touche par le sujet abordé : les entretiens avec les cadres d’entreprise chargés de jauger ce que les candidats à un poste ont dans le ventre. Michel Vinaver a écrit sur cette situation une pièce très forte : La Demande d’emploi. Anne Bourgeois préfère viser le sourire et la drôlerie avec Entretiens d’embauche et Autres Demandes excessives, mais sans rien perdre de la gravité du moment. A chaque rencontre, son personnage, une femme qui répond aux annonces, vit une bonne part de sa vie et de la vie de ses enfants. Seule en scène, cette femme femme dialogue avec différents personnages invisibles, qui sont toujours des représentants du patronat. Parfois, la discussion est téléphonique : on rappelle la jeune femme, on veut en savoir plus, ajouter d’autres questions aux questions, pénétrer dans la vie privée... Est-ce que la série d’entretiens finit bien ou est-ce que ça finit mal ? Ni bien, ni mal, mais par un sourire.
Deux styles travaillent en même temps la plume d’Anne Bourgeois : la satire et la fantaisie. C’est ainsi qu’elle fait apparaître une conseillère clown, pour opposer la beauté du cirque à l’inhumanité de la réalité, ou bien dépeindre son héroïne comme une rêveuse qui oublie la dureté des exigences professionnelles. Dans ce domaine de la férocité sociale, ne vaut-il pas mieux garder sa ligne, enfoncer le clou tout le temps ? Anne Bourgeois n’en envoie pas moins pas mal de vitriol, faisant parler des patrons qui s’étonnent qu’on puisse avoir des besoins d’argent et exigeant des motivations qui seraient plus élégantes que celles de vouloir gagner ou ne ne pas mourir de faim. Ce texte sur les puissants et les faibles, les pots de fer contre les pots de terre, sait être cruel dans sa forme de one woman show et bénéficie d’une interprétation enlevée de Laurence Fabre. Celle-ci sait composer plusieurs personnages en un seul et tirer partie d’une situation où elle répond avec nervosité et sensibilité à une voix enregistrée qui joue tous les rôles d’employeurs – une voix reconnaissable pour les auditeurs de France Inter : celle de Fabrice Drouelle, qui s’amuse joliment à être imperturbable et sans la moindre humanité. Ici, le style café-théâtre fait rire sans gratuité.

Entretiens d’embauche et Autres Demandes excessives d’Anne Bourgeois, mise en scène de l’auteur, lumières de Laurent Béal, univers sonore de Jacques Cassard, costumes de Corinne Page, avec Laurence Fabre et les voix de Fabrice Drouelle et Margot Aïra.

Théâtre Déjazet, 19 h, tél. : 01 48 87 52 55. (Durée : 1 h 10).

Photo DR.

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