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Critiques / Danse

Encantado

par Noël Tinazzi

Quand les esprits prennent corps

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Et de trois. Après Fables à La Fontaine, en octobre, et Nororoca, en novembre, le Festival d’automne à Paris achève le portrait consacré à la danseuse et chorégraphe brésilienne engagée Lia Rodrigues. Intitulée Encantado, cette nouvelle création de l’artiste, qui fut membre de la troupe de Maguy Marin avant de fonder sa compagnie dans la favela de Maré, l’une des plus grandes de Rio, puise dans les cultures indigènes ses sources d’inspiration. Si le terme d’origine latine Encantado évoque un enchantement ou un sortilège magique, il fait, au Brésil, référence à des entités, des esprits indissociables des modes afro-américains de percevoir le monde. Aux esprits qui hantent et protègent la nature dans ses multiples formes, la chorégraphie se propose de répondre par les corps des danseurs auxquels l’enchantement donne la force de se transformer en forces de la nature.

Sur le plateau plongé dans le noir, les danseurs commencent par dérouler un immense tapis, lequel révèle un patchwork géant, constitué de centaine de couvertures. A motifs floraux, animaux ou de paysages, ces couvertures bariolées dans lesquelles s’enroulent les SDF pour se protéger du froid de la nuit se vendent dans les marché de Rio où Lia Rodrigues les a achetées. Elles sont à la fois les seuls décors et costumes du spectacle qu’on n’ose nommer ballet tant l’expression y semble spontanée, anarchique, totalement libre et jubilatoire.

Créatures fantastiques

Les onze danseurs dont le physique n’offre rien de spécialement formaté pour la danse entrent sur scène tour à tour, nus mais sans ostentation, et se glissent sous ces couvertures. A force de ramper, ils disparaissent complément dans le magma mouvant avant de s’approprier telle ou telle couverture ou plusieurs d’entre elles. Et de resurgir en déployant ou entortillant ces tissus pour en faire des accessoires corporels (robes, chapeaux, bijoux géants) qui les transforment en créatures fantastiques, exultantes, grimaçantes, hilarantes ou effrayantes, lancées dans une danse frénétique, apparemment désordonnée, sans frein.

Et l’exaltation va croissant au rythme de percussions qui vont crescendo, musiques du Peuple Guarani Mbya chantées et jouées pendant la grande manifestation des indigènes, à Brasilia, en août dernier, pour la défense de leurs terres. A un rythme croissant également les figures humaines apparaissent et disparaissent donnant lieu aux métamorphoses les plus inattendues. Il se créée même des tableaux éphémères impliquant plusieurs danseurs, des groupes aux membres désarticulés, démultipliés, jetés en l’air à tous vents. Énergivore, la danse semble ne pas devoir finir. Elle se termine pourtant en douceur et au final de ce spectacle plutôt court (une heure), c’est au tour du spectateur d’être enchanté.

« Encantado », de Lia Rodrigues, jusqu’au 8 décembre, Théâtre de Chaillot www.theatre-chaillot.fr
Assistante à la chorégraphie : Amália Lima
Dramaturgie : Silvia Soter
Collaboration artistique et images : Sammi Landweer
Lumières : Nicolas Boudier
Administration, diffusion : Colette de Turville

A noter : le 5 décembre, journée avec Lia au Théâtre de la Ville / Espace Cardin. Au programme : une classe pour tous, des rencontre, des films, la présentation de son livre « La Passion des possibles » www.theatredelaville-paris.com
Tournée :
Paris, Centquatre, du 10 au 14 décembre
Brive, L’Empreinte du 13 janvier 2022
Anglet-Bayonne, Théâtre Quintaou, les 25 & 27 janvier
Pau, Espace Pluriels, le 30 janvier
St-Médard-en-Jalles, Carré Colonne, le 2 février
Niort, Le Moulin du Roc 5, le février
Poitiers, Le TAP, les 9 & 11 février
Photo Sammi Landweer

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