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Critiques / Théâtre

En v’là une drôle d’affaire de et avec Nathalie Joly

par Gilles Costaz

La diva du caf’conc

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Yvette Guilbert incarne la chanson d’une époque folle qu’on appelle parfois belle : le temps de la gaudriole considérée comme l’un des beaux-arts et de plaisirs de vivre largement stimulés par l’alcool. Toulouse-Lautrec a saisi la diva du caf’conç sous un angle étrange, comme une femme décharnée, se cachant sous un maquillage trop appuyé. Tout en gardant en tête ses grands succès, Madame Arthur, Le Fiacre, il faut sans doute aller voir derrière ces images charmantes et trompeuses. C’est à quoi s’attache, depuis plusieurs années, Nathalie Joly. Cette comédienne-chanteuse a découvert des choses très surprenantes. Notamment que Sigmund Freud adorait Yvette Guilbert, venait la voir à Paris et échangea avec elle une correspondance assez fournie. Et ces lettres, Nathalie Joly les retrouva à Londres et en publia la traduction dans le CD qu’elle réalisa à l’occasion de son premier spectacle sur la reine de la chanson fin de siècle, Je ne sais quoi.

relier un destin à l’Histoire

Aujourd’hui, deuxième épisode. Le nouveau spectacle et le nouveau CD s’appellent En v’là une drôle d’affaire, titre qui se réfère à une chanson particulièrement cocasse. Mais l’entreprise de Nathalie Joly n’est pas seulement d’offrir un récital plaisant. C’est une nouvelle fois de relier un destin à l’Histoire et d’ouvrir des archives oubliées. Après son premier récital, elle reçut un appel d’une femme très âgée qui lui confia un carton plein de documents divers et d’écrit inédits d’Yvette Guilbert. De son vivant, celle-ci avait publié un livre déjà substantiel, La Chanson de ma vie. Avec ces papiers jaunis, Nathalie Joly avait un matériau encore plus riche. Elle pouvait donc oublier Freud et ne plus penser qu’à l’art d’Yvette Guilbert, son travail, sa pensée sur la chanson et sa lutte contre les facilités du métier.

Bien qu’aujourd’hui, sa légende reflète l’humeur coquine d’une société affamée de gaudriole, la créatrice du Fiacre était féministe, luttait pour l’amélioration de la condition de la femme. Tout en chantant, Nathalie Joly remet aux spectateurs le fac-similé d’un prospectus édité dans la décennie 1910, où Yvette Guilbert invite les jeunes filles de New York à ses cours gratuits de diction, de jeu, de chant et de pantomime ! Cependant, le spectacle se noue surtout autour des interrogations d’une chanteuse sur son art et de ses combats contre les recettes des professionnels du genre. Elle parle de sa voix, mais tout autant de son œil. C’est « par son œil », dit-elle, qu’elle attrape son public. Cela, Toulouse-Lautrec n’a pas su le capter ! Yvette parle aussi de l’échec et la ténacité à lui opposer. « En vérité, je vous le dis, il ne faut jamais se décourager », confie-t-elle à l’intention des autres chanteurs, dans un texte où elle a cette phrase magnifique qu’on n’attendrait pas d’une goualeuse amuseuse : « Sans les artistes, la Nation se meurt ».

Nathalie Joly a composé un moment étonnant, en mettant au présent les trésors de sa fouille passionnée du passé. Elle est dans un beau falbala rougeoyant puis tout à coup dans un costume japonais traditionnel. Hé oui, Yvette Gilbert aimait aussi les japonaiseries pour chanter le répertoire traditionnel français ! La mise en scène de Jacques Verzier et la prestation allègre du pianiste Jean-Pierre Gesbert amplifient l’épaisseur théâtrale de ce voyage dans le temps où l’interprète déploie une puissante voix de velours et un talent intense de comédienne.

En v’là une drôle d’affaire de Nathalie Joly, mise en scène de Jacques Verzier, avec Nathalie Joly et Jean-Pierre Gesbert (piano).
Du 10 au 31 décembre
la Vieille Grille, tél. : 01 47 07 22 11 (Durée : 1 h 15) .
CD sous ce même titre aux éditons Marchelaroute.

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