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Critiques / Théâtre

En manque de Vincent Macaigne

par Gilles Costaz

Un provocateur en manque d’auteur

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On s’intéresse beaucoup à Vincent Macaigne quand il s’empare d’Hamlet ou de L’Idiot pour les boursoufler jusqu’à l’indécence et tenter de rendre à l’art une forme de fureur subversive. Mais qu’en est-il quand il monte ses propres textes ? Grâce à ses succès théâtraux et cinématographiques, il est l’un des personnages vedettes du Festival d’automne et a pu ainsi mettre en scène trois de ses textes en deux semaines, Je suis un pays et Voilà ce que jamais je ne te dirai (dont les représentations se sont achevées à Nanterre-Amandiers), puis En manque, coproduction Vidy-Lausanne, le Théâtre de la Ville, Tandem d’Arras-Douai, Holland Festival et La Villette. On ne parlera ici que d’En manque, une soirée annoncée comme sauvage (des boules quies sont à la disposition des spectateurs, on invite à se méfier des éclaboussures aux premiers rangs).
En effet, le public est d’abord poussé hors de la Grande Halle de la Villette. Une actrice vêtue d’un habit doré, qui paraît bien mince dans le froid parisien, s’époumone dans la nacelle d’un chariot élévateur ; son personnage en veut à l’architecte qui a refait la Grande Halle et ne l’a pas laissée ouverte à tous les vents. Elle proclame qu’elle représente une fondation qui a racheté tout l’art occidental pour l’exposer dans son musée. A partir de là, on rentre au chaud. Sur la scène, dans la brume, il y a des reproductions du Caravage. On peut monter sur le plateau, regarder, descendre dans la salle. Un homme, ensuite, conte le combat perdu de la directrice de la fondation, qui va mourir dans le déluge à venir sur la scène. Il nous parle des hauteurs arrogantes et de la vallée écrasée. Sur un fond rock, il appelle les spectateurs à venir danser et soutenir sa révolte sur scène. Quelques dizaines de personnes le rejoignent, puis repartent. La fin est assez obscure : la femme se noie, des errants passent de droite à gauche avant d’être incités à l’amour universel. Trempés, ils s’embrassent tous…
Tout cela n’est pas très sauvage et respire l’avant-garde réchauffée. Pas d’écriture. Même les vidéos sont saisies de vacuité. Macaigne est un auteur inscrit aux abonnés absents quand il s’agit d’exprimer une pensée forte ou de trouver une formule qui n’a pas besoin de jets d’eau ou de sono plein pot. Le projet parvient de façon vague et approximative. La nouveauté, ce n’est pas lui. Il y a des tas de jeunes à même de faire un théâtre plus précis et plus musclé. Ce peut être par exemple, la compagnie La Phenomena de Maëlle Dequiedt qu’ont peut voir quelque jours encore au Théâtre de la cité internationale et dont nous reparlerons.

En manque, texte, mise en scène et scénographie de Vincent Macaigne, lumière de Jean Huleu, son de Jonathan Cesaroni, voix de Matthieu Jaccard, avec Thibaut Evrard, Clara Lama-Schmit, Liza Lapert, Sofia Teillet, des figurants et des enfants.

Grande Halle de la Villette, tél. La Villette, 01 40 03 75 75, et Théâtre de la Ville, 01 42 74 22 77, jusqu’au 22 décembre. (Durée : 2 h).

Photo Mathilde Olmi.

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