En mai fais ce qu’il te plait

En mai fais ce qu'il te plait

Avec le printemps et en attendant les grands rendez-vous de l’été, le théâtre a des fourmis dans les jambes, lui prend, en dépit des rayons encore frisquets du soleil, l’envie de gambader hors de ses ors et velours, d’aller, si j’ose dire, se faire voir ailleurs, dans des caves, des chambres d’hôtels, de courir les rues, ou, sans sortir de son cadre, nous embarquer au delà des mers.
Revue de détails d’une poignée de festivals très singuliers.

Ambivalence(s). Initié par la Comédie de Valence que dirige Richard Brunel, ce festival se propose de traquer « amoureusement » une Valence invisible, celle qui pudiquement se cache comme celle oubliée par l’usure du regard. Il s’agit, explique Richard Brunel, « d’affirmer une démarche artistique qui déplace notre regard, créer des liens et explorer la cartographie de notre vie ». Mais aussi de toucher la diversité du public, les habitués du théâtre, comme les curieux d’un jour, les habitants ou les visiteurs occasionnels histoire de « de faire battre à l’unisson les divers cœurs de Valence »

A la manœuvre, le collectif artistique de la Comédie de Valence, qui a concocté, pour aller aux quatre coins de la ville, cinq spectacles de différentes factures, dont Une chambre en ville , un projet de théâtre intimiste qui invite chaque fois, une poignée de spectateurs à s’immiscer dans des chambres d’hôtel, afin d’entrevoir le secret de six personnages qui ont pris pour la nuit une chambre en ville. Les textes sont signés Olivier Balazuc, Marie Despléchin, Lancelot Hamlin, Daniel Keene, Naomi Wallace.

Voyageant entre folies historiques et quotidiennes, Mythomanies urbaines propose une déambulation insolite à travers Valence à « la recherche de mythes perdus et d’histoires rêvées » ». Avec Le Cas Valence il s’agira, grâce à une désopilante agence de psychanalyse urbaine, de coucher la ville sur le divan.

Il y aura aussi du slam, un bal littéraire, du cinéma, des brunchs, des rencontres qui permettront au théâtre « d’agir comme un révélateur de la ville et en dévoiler ses « ambivalences »

Festival Ambivalence(s) Comédie de Valence du 19 au 27 mai, tel 04 75 78 41 70.

Festival des caves  : Il y a quelques décennies, l’auteur comédien, Serge Valletti, faute de trouver l’hospitalité ailleurs avait présenté sa première pièce Balle perdue , dans sa cave et pour deux spectateurs. Depuis il a fait le chemin que l’on sait et on s’est aperçu que les caves, enfoncées dans les entrailles des villes, la sobriété de leurs murs et leur exiguïté, pouvaient donner une autre résonance au théâtre, en s’y faisant entendre différemment. Parce qu’alors, c’est le souffle de l’acteur qui donne le tempo, détermine celui du public qui se trouve « accroché à ses lèvres et que chacun vibre au même rythme ».

Créé il y a six ans à Besançon, « Le festival des caves » n’a cessé de grandir et aujourd’hui, essaime quelque 16 spectacles dans plus de 20 villes réparties entre Strasbourg et Lyon.

Parmi ceux-ci, adapté pour la scène par Nicolas Dufour, Un Cœur sous une soutane d’Arthur Rimbaud, qui, dans ce texte un peu potache, règle ses comptes à l’hypocrisie et aux relations familiales.
Harlem nocturne d’après Georges Tabori est mis en scène par Agathe Alexis. Une pièce qui, derrière un humour noir mêlé d’amertume, dévoile les mécanismes du racisme en même temps que celui de l’anti-racisme des faux libéraux. On peut également y entendre des textes de Guy Debord ( Le Dernier des dériveurs signé Jean-Michel Potiron) et , proposé par Luc Schilliger, le magnifique récit d’Alessandro Barrico Novocento pianiste .
Difficile de faire la tournée des caves sans qu’il soit du vin. C’est ce que s’est dit Christian Pageault, qui, avec L’Hypothèse du vin , propose une lecture de textes goûteux autour du sujet, ponctuée de dégustations.

Festival des Caves depuis le 10 mai et jusqu’au 21 juin tel 03 81 83 25 04.

Festival Outre-Mer Veille. Avant Outre-Mer qui évoque l’idée de farniente, de soleil et de palmiers, c’est plutôt la mot veille qu’il convient de retenir pour cette première édition de ce festival proposé par Le TARMAC, haut lieu de brassages et de rencontres d’artistes venus des quatre coins de la planète francophone nous dire leur monde et le monde au présent.

Huit spectacles, de danse, de marionnettes, de théâtre avec des « mots marronnés caraïbes, boucanés créoles » pour dessiner des cartes du tendre, du quotidien, du rebelle aussi, ou pour tenter, comme avec Contes marrons de D’de Kabal, de repérer ce qui reste de trace d’esclavage dans les Antilles d’aujourd’hui.

Danseuse dans la compagnie Montalvo-Hervieu, qui a aussi crée sa propre compagnie, la chorégraphe guadeloupéenne, Chantal Loial avec On t’appelle Vénus exprime en danse et en mots l’outrage fait à celle qui fut baptisée « La Vénus Hottentote », une histoire dit-elle, « qui, à elle seule, résume tous les abus et les tragédies du colonialisme et l’affrontement des deux mondes ». Au delà de la rage qui s’y exprime, le spectacle est une ode à la féminité adressée à toutes les femmes.

Avec Colère interprétée par Nicole Doguée sous la direction de François Racillac, le TARMAC invite le public à découvrir le second volet de la trilogie de la romancière haïtienne Marie Vieux-Chauvet qui avec Amour, Colère et Folie publié sous l’ère Duvalier mettait « un grand coup de pied littéraire dans la fourmilière nationale et…familiale ».

Enfin, avec Makak jambé croco conte chorégraphique à voir dès l’âge de six ans et le spectacle de marionnette de l’Île de la Réunion Ti Gouya à partir de trois ans, le jeune public est aussi invité à ce voyage Outre-Mer, tissé d’art métissé et majuscule.

Festival Outre-Mer Veille Le TARMAC du 17 mai au 11 juin tel : 01 40 03 93 95

Avec son Festival Ô 4 vents destiné aux enfants accompagnés de leurs parents, la mairie du 4e arrondissement de Paris, conjugue depuis cinq ans, patrimoine et spectacles contemporains jeune public. Un des rendez-vous devenu incontournable de la vie culturelle parisienne. Cette année, ce sont 9 spectacles de facture et de nature différentes qui nous font découvrir des joyaux architecturaux ou des lieux insolites.

Tout commencera par une balade musicale en compagnie de l’équipe Les Luthiers urbains, avec un concert qui mérite le coup d’œil, puisque les instruments de l’orchestre sont des entonnoirs , des pompes à vélos, des cocottes minute et autres objets qui émaillent notre quotidien. Dix jours plus tard, il se terminera avec Embrasser la lune, une petite forme de théâtre musical, présentée dans l’hôtel Bouthiller de Chavigny construit au XIIIe siècle, revisité par Mansart, et qui abrite aujourd’hui la caserne des Pompiers de l’arrondissement.

Entre les deux, on pourra voir du théâtre de marionnettes, Vy , dans la Mairie de Paris, du cirque, place des Vosges avec Rires et rides spectacle d’acrobaties en tous genres, apte à faire voler en éclats nos idées reçues à propos des ados et des personnes âgées, et visiter la maison de Victor Hugo en compagnie des Fleurs de Bach concert déambulatoire « une dinguerie musicale » pour voix et instruments à cordes. Et bien d’autres merveilles pour rire et rêver.

Festival O 4Vents du 19 avril au 30 mai tel 01 44 54 75 21

A propos de l'auteur
Dominique Darzacq
Dominique Darzacq

Journaliste, critique a collaboré notamment à France Inter, Connaissance des Arts, Le Monde, Révolution, TFI. En free lance a collaboré et collabore à divers revues et publications : notamment, Le Journal du Théâtre, Itinéraire, Théâtre Aujourd’hui....

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