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Critiques / Théâtre

En attendant Godot de Beckett

par Gilles Costaz

Brut de décoffrage

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Godot revient en force. Celui que propose Jean-Claude Sachot doit être le cinquième ou le sixième de la saison. Mais Sachot est un beckettien pur et dur qui, à la tête de sa compagnie Toby or not, vient et revient depuis longtemps aux deux grandes pièces de l’auteur, Godot et Fin de partie. Il ne cherche pas à prendre la tradition à contre-pied et, respectueux des didascalies assez tyranniques que d’autres metteurs en scène ont essayé de contester ou de contourner, il opte pour un style brut de décoffrage. D’ailleurs, il se réfère à Roger Blin qui fit la première mise en scène de la pièce en 1953 dans la plus stricte nudité.
Ce parti pris de dépouillement et de fidélité n’empêche pas qu’il y ait par moments des lumières nouvelles. La personnalité des acteurs déjà est une promesse de renouveau, qui est ici tenue. On connaît la situation de départ et l’on sait qu’elle ne mène nulle part. Deux pauvres hères attendent quelqu’un qui ne se montre jamais, Godot. Ils voient seulement venir puis revenir, plus tard, un dénommé Lucky tenu en laisse par un certain Pozzo. Que faire avec cette drôle de pièce quand on arrive après des centaines de comédiens qui ont déjà joué ce chef-d’œuvre de l’attente sans fin ? Sachot revient à un parti pris un peu oublié, celui du clown, de la clownerie non continue mais en à-coups : on se tape un peu dessus, on est au bord du croc-en-jambe, on glisse un ou deux gags. Et puis les deux acteurs qui jouent Vladimir ne sont pas jeunes. Dominique Ratonat et Philippe Catoire sont des personnages burinés, ils ont les blessures de la vie, du temps qui passent sur le visage. Comme leur jeu est entier, vif, bourru, passionné, ils sont particulièrement convaincants. Mal fringués, dépenaillés, ces deux malheureux ont l’air d’avoir attendu Godot pendant des années et des années ! Leurs gestes affectueux de l’un à l’autre peuvent laisser supposer qu’Estragon et Vladimir sont un peu amoureux l’un de l’autre. Pourquoi pas ? Les interprètes de Lucky et Pozzo sont plus jeunes, mais semblent eux aussi pas mal abîmés par leur errance : Guillaume Van’t Hoff est un Lucky hagard d’une très belle étrangeté, Jean-Jacques Nervest un Pozzo massif et puissant qui sait garder son mystère sous la pratique ostentatoire de l’autorité. Reste un rôle d’enfant difficile à assumer : c’est une marionnette qui s’en charge et, avec ce pantin parlant conçu par Nadine Delannoy, le tour est bien joué !
Autrement dit, Godot nous est ici donné brut, tout entier dans sa force et dans son jus.

En attendant Godot de Samuel Beckett, mise en scène de Jean-Claude Sachot, costumes de Frédéric Morel, toile peinte d’Aurélien Bédéneau, sculpture de Virginie Destiné, danses de Cathy Martin, marionnette de Nadine Delannoy, lumières de Jean-Claude Sachot, avec Philippe Catoire, Dominique Ratonnat, Guillaume van’t Hoff (en alternance avec Vincent Violette), Jean-Jacques Nervest et la voix de Thomas Sagol.

Essaïon, 21 h 30, du jeudi au samedi, jusqu’au 14 juin. (Durée : 2 h).

Photo X.

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