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Critiques / Théâtre

En Acte(s)

par Gilles Costaz

Un festival de l’écriture au TNP

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Un article maladroit et mal informé d’un journal du matin avait, ces dernières semaines, créé la polémique : il n’y avait plus d’auteurs de théâtre, disait ce quotidien, et les metteurs en scène ne montaient plus que des montages de textes et des adaptations de roman. Les réactions furent multiples, avec, notamment, celle de Philippe Touzet, président des EAT (Ecrivains associés du théâtre), qui démontrait combien une telle analyse était fausse. Au TNP de Villeurbanne, que dirige Christian Schiaretti, on a également été affligé par ces affirmations ignorantes. Précisément, au TNP, un festival, En Acte(s), donne un coup de projecteur sur de jeunes auteurs pendant trois semaines. Il y a d’autres manifestations équivalentes partout en France, mais la formule de Villeurbanne propose un tremplin particulièrement stimulant.
En Acte(s) fut au départ une idée de Maxime Mansion pour sa compagnie appelée précisément En Acte(s). Le TNP l’a adoptée. C’est toujours Maxime Mansion, une personnalité très active, qui en est responsable, en dialogue parfois avec les autres metteurs en scène du Cercle de formation et de transmission constitué par Schiaretti : Julie Guichard, Louise Vignaud et Baptiste Guitton. En voici les règles du jeu : une pièce d’environ une heure est commandée à de jeunes auteurs. La pièce doit être en relation avec l’actualité. Pour les textes retenus, leurs auteurs sont mis en rapport avec un metteur en scène. Le travail de mise au point et de répétitions est court. Ensuite, presque pas de régie. « Tout naît du plateau ». (On a pu entendre une bande-son venir d’un simple smartphone ! ). Les représentations s’étalent sur deux semaines pour les auteurs français et sont complétées par une semaine consacrée aux auteurs francophones.
La sélection de la seconde semaine, que nous avons suivie, était étonnante. Rien que de bons textes ! Il faut sauver Amour/Anna de Judith Zins mis en scène par Maïanne Barthès est une œuvre d’une drôlerie grave sur l’anorexie. Bokono d’Antonin Fadinard mis en scène par Olivier Borle donne à voir de façon authentique les rapports entre les déplacés et les humanitaires, en Afrique centrale. On dit que Josepha de Gwendoline Soublin conte, d’une manière joyeuse, savoureuse et chorale, la triste destinée d’une vieille femme et d’un jeune homme dans un village qui meurt. La Disparition de Guillaume Cayet mis en scène par Michel Raskine fait émerger un auteur dont on parle déjà beaucoup et qui traite avec nostalgie et rage du déclin des idées de révolution et de lutte des classes (c’est trop proliférant, mais ça secoue !). Et après de Marilyn Mattei mis en scène par Julie Guichard braque une loupe au grossissement inquiétant sur une famille devenue folle après l’arrestation et la libération du fils. C’est saisissant, dans l’interprétation d’une étrangeté bouleversante d’Olivier Borle, Noémie Rimbert, Arthur Vandepoel et Sophie Engel.
Place aux francophones, cette semaine. Il y a bien une grande richesse d’auteurs parmi nous. Ces écrivains affrontent tant de portes fermées qu’on est heureux de les découvrir là, dans une propulsion fraternelle sur un chemin, néanmoins, très escarpé.

En Acte(s), un festival consacré aux écritures contemporaines initié et porté par Maxime Mansion et la compagnie En Acte(s).

Théâtre national populaire, Villeurbanne, tél. : 04 78 03 30 30, 3e et dernière semaine, jusqu’au 17 mars. Textes de Maxime Brillon (Canada), Jeanne Diama (Mali), Iuvan (Belgique), Aïssata-Boucary Maïga (Mali), Kostadis Mizaras (Grèce), Kibsa Anthony Ouedraogo (Burkina Faso), Kiswinsida Ali Ouedraogo (Burkina Faso). Tous les textes d’En Acte(s) sont réunis et publiés dans un volume par le TNP.

Photo Michel Cavalca. La Disparition de Guillaume Cayet.

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