Embrassons les ombres

Déferlement de haine

Embrassons les ombres

Décidément, Lars Norén, 60 ans, dramaturge suédois, héritier lointain du grand Strindberg, chantre de la désespérance, est très en vogue dans nos institutions théâtrales. Révélé il y a une dizaine d’années par Jorge Lavelli au Théâtre de la Colline par sa Veillée, sombre affrontement familial autour d’une urne funéraire, ses pièces comme sa présence - il signa la mise en scène de La Mouette aux Amandiers de Nanterre - ne cessent de hanter nos plateaux à Paris comme en régions. La Comédie Française ne pouvant être en reste vient de créer au Vieux Colombier Embrassons les ombres dans la traduction de Per Nygren et Louis-Charles Sirjacq. Mise en abysses imaginaires (mais fondée sur des éléments biographiques réels) des derniers soubresauts de la vie d’Eugène O’Neill, l’Irlando-Américain, prix Nobel de littérature, auteur de chefs d’œuvre comme Le Deuil sied à Electre, Le Désir sous les ormes. Lorén emprunte le titre de son drame à une pièce ultime qu’O’Neill aurait détruite, puis pille son œuvre testament Long voyage vers la nuit qui déjà esquisse le portrait à peine déguisé de ses tourments familiaux.

Reality-show aux frontières du peep-show

Norén va plus loin, il en fait une sorte de reality-show aux frontières du peep-show : sans rien nous épargner des rapports hystériques, d’attraction et de répulsion qu’O’Neill entretenait avec sa femme Carlotta, de la dérive de ses deux fils, l’un alcoolique, l’autre drogué. Huis clos à quatre voix discordantes (plus un valet japonais servant de faire-valoir), radiographie d’un génie à bout de souffle, parkinsonien, amer, manipulé par une femme plus dure qu’un caillou et qui suinte la méchanceté par tous les pores. Au total, 3h30 de déballage sordide qui transforme le spectateur en voyeur et le laisse sur le carreau.
Si les faits sont réels, quel intérêt y a-t-il à les étaler aussi crûment ? L’inventaire est nauséeux. Mieux aurait valu faire entrer au répertoire et monter de front ce magnifique Long voyage vers la nuit dont la rage et les silences en disent bien plus long. Les comédiens y croient. Catherine Hiégel, Andrzej Seweryn, Eric Genovèse, Mathieu Genet, dans leur numéro de déshabillage mental sont tout simplement étourdissants. Joël Jouanneau les a mis en scène avec son tact habituel. Mais que diable est-il allé faire dans cette galère ?

Embrassons les ombres, de Lars Norén, traduction de Per Nygren et Louis-Charles Sirjacq, mise en scène de Joël Jouanneau, décor de Jacques Gabel, costumes de Patrice Cauchetier, avec Catherine Hiégel, Andrzej Seweryn, Eric Génovèse, Mathieu Genet, Nicolas Wan Park. Théâtre du Vieux Colombier, du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h, le dimanche à 16h. Jusqu’au 30 avril. Tél. : 01 44 39 87 00/01.

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

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