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Critiques / Théâtre

Edith S de Maryse Wolinski

par Gilles Costaz

Pour Géraldine Danon

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C’est une bonne idée consacrer une pièce à Edith Stein, Allemande dont le destin fait penser à celui de la philosophe française Simone Weill : celui d’une Juive devenue chrétienne. Mais la vie et les circonstances ne sont pas les mêmes. Dans les années 20, Edith Stein est, en Allemagne, une philosophe très brillante qui se déclare athée et s’oppose ainsi, sans rupture violente, avec sa famille et surtout sa mère qui ne peut comprendre cette attitude de la part d’un enfant né le jour du Grand Pardon. Elle a des amitiés amoureuses avec deux de ses collègues masculins et l’on a pu penser qu’elle allait se marier et fonder une famille. Considérée comme une grande intellectuelle, elle enseigne jusqu’au moment où l’Allemagne interdit les Juifs à tous les postes de responsabilité. Malgré les réactions de son entourage, cette lectrice de sainte Thérèse d’Avila adopte la foi chrétienne et, dans un geste plus radical encore, elle se fait religieuse. Elle devient sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix, tout en revendiquant son origine juive. Quand la guerre est déclarée, elle est dans un couvent hollandais. On lui conseille de tricher sur son identité et surtout de s’enfuir. Au contraire, elle va au-devant de ses ennemis qui l’envoient à Auschwitz – où elle mourra, tuée avec une particulière cruauté.

Maryse Wolinski a consacré un livre et une pièce à celle qu’elle appelle Edith S. puisque son nom en entier la relierait à la communauté juive dont elle s’est partiellement détachée. Plus qu’une pièce, le texte joué au Déjazet est une mise en séquences, en tableaux. Edith, depuis son fragile refuge hollandais en 1942, se raconte et fait face aux personnages qui prennent chair quand ils surgissent dans sa mémoire – ils sont joués par plusieurs acteurs qui restent sans cesse en scène et se démultiplient à la demande. Mais c’est le plus souvent un monologue. Franchement, comme texte de théâtre, c’est un peu raide, sans grande vie scénique, sans recherche d’un style qui passerait par le mouvement des corps et le jeu des répliques. Cette austérité est, bien entendu volontaire. Mais cette langue est plus celle d’une romancière historienne que d’un auteur dramatique.

La mise en scène de Marylin Alasset s’appuie sur cette forme narrative qui est à la fois celle d’un récit et d’un dossier. Ce type d’organisation, qui fait intervenir à tour de rôle France Darry, Sébastien Finck, Catherine Zavlav dans les rôles secondaires, a quelque chose d’appliqué et de consciencieux. En même temps, la mise en scène fait reposer, à juste titre, l’essentiel de la soirée sur l’interprète d’Edith S. : Géraldine Danon. Celle-ci, qui effectue un retour au théâtre après une longue absence, habite son personnage avec un jeu sensible, sobre, intérieur. Jamais d’éclat et toujours une présence brûlante. L’exercice est difficile car il est solitaire et littéraire. Géraldine Danon en trouve la vibration secrète et nous saisit d’émotion, à travers une douceur d’une grande puissance. Comme l’aventure contée est passionnante, la rencontre entre le texte et l’interprète trouve ainsi sa force de fascination.

Edith S. de Maryse Wolinski, mise en scène et lumières de Marylin Alasset, avec Géraldine Danon, France Darry, Sébastien Finck, Catherine Zavlav. (durée 1h20)
Théâtre Déjazet, tél. : 48 87 52 55, jusqu’au 28 février.
Livre à paraître aux éditions du Seuil.
Photo ©Sylvie Lancrenon

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