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Critiques / Opéra & Classique

EUGENE ONEGUINE de Piotr Ilitch Tchaïkovski

par Caroline Alexander

Quand simplicité et sobriété rendent intemporel…

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Voilà une production qui voyage depuis plus de quinze et qui ne vieillit pas. Créée en 1997 à l’Opéra de Nancy et de Lorraine (avec Mireille Delunsch et Laurent Naouri), la mise en scène fidèle et inventive d’Alain Garichot a pris les accents d’une sorte d’intemporalité. Alors que tant de réalisations dans les théâtres et maisons d’opéras s’égarent dans le toc de pseudo-modernités, ce retour à la compréhension et à l’essence d’une œuvre… repose.

Et enchante. - Car Garichot, un ancien de l’Opéra National de Paris dont il a autrefois animé l’Ecole d’Art Lyrique (aujourd’hui Atelier Lyrique) va droit au but : mettre en vie l’une des plus émouvantes illustrations du romantisme russe, cet Eugène Onéguine dont le roman-poème de Pouchkine obséda Tchaïkovski jusqu’ à ce qu’il en fasse un opéra -musique et livret –chef d’œuvre qui continue d’interroger et de bouleverser. Une histoire à la Tchekhov dont Garichot trace les subtilités, une histoire somme toute banale : une toute jeune fille mordue de romans d’amour, s’éprend d’un dandy. Au premier regard. A la folie. Pour la vie. Mais la vie en décide autrement. Dans une lettre, Tania a déclaré sa flamme à Onéguine qui l’a découragée dans son élan. Par jeu, désœuvrement peut-être, il fait la cour à la sœur de Tania, fiancée de Lenski son meilleur ami. Rage, brouille, défi, duel. Lenski meurt sous une balle qui ne cherchait pas à le viser pour de vrai. Les années passent. Tania est devenue femme et a rejoint la noblesse en se mariant avec Grémine, un aristocrate humaniste. Quand Onéguine la redécouvre au cours d’un bal, le choc l’enivre : leur amour n’est pas mort. Mais il est trop tard.

Des troncs d’arbre dressés comme des colonnes se posent en architectes du décor des deux premiers actes. Une toile blanche ondulante se fait drap, un lit, une table, quelques chaises…. Les lieux sont réinventés avec quelques accessoires et meubles (Elsa Pavanel). Les lumières de Marc Delamézière les sculptent. Les costumes (Claude Masson) portent le label de la justesse, des paysans aux aristos ils sont taillés aux caractères de leurs personnages, souples et voltigeurs, élégants, d’un raffinement exquis pour les robes. Les chorégraphies de Cookie Chiapalone font valser en tourbillons légers choristes, figurants et premiers rôles. Au troisième acte, les arbres aux troncs veinés s’envolent dans les cintres, le passé disparaît dans la nuit. Espace nu, noir d’encre que surveille suspendue en fond de scène une lune aux reliefs noueux, ronde comme un ballon. Soirée mondaine. Le noir domine, la foule des invités cache ses visages sous des masques blancs de carnaval. Tatiana, élégante maîtresse de maison, a rangé ses cheveux folâtres dans un chignon parfaitement noué. Le prince Grémine a l’élégance de son rang.

Pas de superstars pour faire scintiller l’affiche. La distribution est centrée sur la jeunesse et le pari est largement gagné. En équilibre, homogénéité et voix. Dans le rôle-titre le baryton franco-anglais Charles Rice évite le cynisme d’un looser, compose un désœuvré en fuite de lui-même, à la recherche d’une raison d’être, la voix est sombre, la diction précise, le jeu nonchalant. Face à son errance, Tatiana, la presque gamine folle d’amour trouve en Gelena Gaskarova, soprano russe ayant fait ses classes au Mariinsky de Saint-Pétersbourg, une réplique idéale, femme enfant aux aigus aériens et mediums veloutés puis femme mûrie aux graves réfléchis. Légère, ravissante elle est Tania avec une évidence qu’elle porte jusqu’au bout, devenant sobre, responsable devant ce destin qu’elle aurait tant aimé détourner. Olga, sa sœur aînée si gentille et insouciante exprime sa joie de vivre dans les couleurs satinées du timbre de contralto de la britannique Claudia Huckle : une découverte ! Lenski hérite de la fraîcheur et de la sensibilité de Suren Maksutov, sobre et retenu dans les scènes à plusieurs personnages et capable, seul avec ses tourments, faire jaillir ses tourments en aigus filés d’une grâce qui transperce. Oleg Tsibulko, basse moldave, a la majesté d’un Grémine, voix de bronze poli, élégance et sobriété. Magnifique Diana Montague en Madame Larina maternelle, et, en nourrice attentive, inquiète, la mezzo polonaise Stefania Toczyska est bouleversante de vérité et justesse, Eric Vignau s’amuse et nous amuse en Monsieur Triquet blagueur.

Il faudra suivre de près la carrière de Lukasz Borowicz, chef d’orchestre polonais de 38 ans encore peu connu en France malgré des performances remarquées en Pologne et en Allemagne et des enregistrements primés notamment par un Diapason d’Or. Magnétisme, engagement, agilité et brio sont les atouts dont il fait bénéficier l’Orchestre National des Pays de la Loire. On est sous le charme.

Après le Théâtre Graslin de Nantes cet Onéguine modèle pourra être apprécie à Angers.
A ne pas manquer.

Eugène Oneguine, musique te livret de Piotr Illitch Tchaïkovski d’après le roman en vers d’Alexandre Pouchkine. Orchestre National des Pays de Loire, direction Lukasz Borowicz, mise en scène Alain Garichot, décors Elsa Pavanel, costumes Claude Masson, lumières Marc Delamézière, chorégraphie Cookie Chiapalone, chœur d’Angers-Nantes Opéra, direction Xavier Ribes. Avec Charles Rice, Gelena Gaskarova, Claudia Huckle, Suren Maksutov, Oleg Tsibulko, Diana Montague, Stefania Toczyska, Eric Vignau, Eric Vrain.

Nantes, Théâtre Graslin du 19 au 28 mai –
Angers Le Quai les 14 et 16 juin.

02 40 69 77 18 – www.angers-nantes-opera.com

Photos Jeff Rabillon

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