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Critiques / Opéra & Classique

Douglas Boyd, la chambre et la sérénade

par Christian Wasselin

Nouveau directeur musical de l’Orchestre de chambre de Paris, Douglas Boyd nous emmène de Stravinsky à Mozart via Manoury.

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L’Orchestre de chambre de Paris a un nouveau directeur musical en la personne du chef écossais Douglas Boyd, hautboïste et membre fondateur de l’Orchestre de chambre d’Europe – « musicien reconnu à l’international », comme le précise délicieusement sa biographie –, et à ce titre ce concert au Théâtre des Champs-Élysées avait figure de manifeste. C’est ainsi qu’avec trois œuvres on ne peut plus différentes, Douglas Boyd put mettre en valeur toutes les qualités d’une formation qui, depuis le mandat de John Nelson (1998-2009), suivi par ceux, moins remarquables, de Joseph Swensen et Thomas Zehetmair, reprend des couleurs et craint de moins en moins la concurrence des ensembles spécialisés, notamment des formations baroques (il est vrai que l’incomparable Roger Norrington fait partie de son comité artistique).

Après un Concerto « Dumbarton Oaks » de Stravinsky pimpant et fruité, qui paye son tribut aux Concerts brandebourgeois de Bach, l’Orchestre de chambre de Paris attaquait la création d’un concerto pour violoncelle commandé à Philippe Manoury, compositeur en résidence, intitulé Bref aperçu sur l’infini. Une œuvre inspirée d’une Chaconne du même Manoury créée par Marc Coppey en février dernier, et dont le titre emprunte, selon le compositeur lui-même, « à la géométrie fractale, qui décrit des objets dont la dimension est non entière ». Partition plus virtuose pour le soliste que dramatique, qui donne imparfaitement l’idée de l’infini, jouée avec engagement par Gautier Capuçon (à qui elle est dédiée), avec un orchestre attentif fait de cordes discrètes (notes tenues, sons harmoniques, pizzicatos) auxquelles les vents et les percussions donnent quelque couleur.

Un concerto dans une sérénade

En seconde partie venait la Sérénade « Haffner » K 250, datée de 1776 (Mozart a alors vingt ans), logiquement précédée de la brève Marche « Haffner » K 249, le tout atteignant une durée comparable à celle de la Symphonie héroïque de Beethoven. On rêve quand on imagine que cette vaste partition, pleine d’invention mélodique et de fantaisie dans l’instrumentation, a été composée pour accompagner une réception de mariage en plein air. On passe d’une humeur à l’autre, d’un tempo à l’autre au fil d’un rituel familier, Mozart n’ayant pas hésité à enchâsser un concerto pour violon dans un ensemble plus vaste, et ayant décidé ensuite de reprendre les mouvements hors concerto dans une nouvelle symphonie, celle qui sera la Trente-cinquième, K 385, elle aussi appelée « Haffner  ». L’Orchestre de chambre de Paris et son chef mettent beaucoup d’allant dans cette sérénade à l’ampleur inégalée, et Deborah Nemtanu, premier violon, joue avec un beau naturel la partie soliste des troisième, quatrième et cinquième mouvements, ce dernier ayant tout d’une plaisanterie gracieuse avec son motif sans fin répété.

Au pupitre, Douglas Boyd est à la fois précis et décontracté. Il soigne la disposition des instrumentistes, qu’il modifie en fonction des œuvres (les violoncelles sont à sa droite quand il s’agit de jouer Manoury, ce sont les violons II qui prennent leur place pour Mozart), utilise ou non une estrade selon le nombre de musiciens, pose sa baguette pour aborder tel mouvement qui exige une grande fluidité. Les premiers temps de ce mariage entre l’orchestre et son chef semblent très heureux. Souhaitons-leur de longues années harmonieuses.

illustration : Douglas Boyd (dr)

Stravinsky : Concerto « Dumbarton Oaks » ; Philippe Manoury : Bref aperçu sur l’infini  ; Mozart : Marche et Sérénade « Haffner ». Gautier Capuçon, violoncelle ; Deborah Nemtanu, violon ; Orchestre de chambre de Paris, dir. Douglas Boyd. Mercredi 14 octobre 2015, Théâtre des Champs-Élysées.
Le dimanche 18 octobre, à partir de 14h30, l’Orchestre de chambre de Paris proposera un concert-promenade à la Philharmonie sur le thème « Chagall musicien ».

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