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Critiques / Opéra & Classique

Don Quichotte chez la Duchesse de Joseph Bodin de Boismortier

par Caroline Alexander

Arabesques baroques et cavalcade de pitreries

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Quarante minutes de musique raffinée, deux heures de spectacle déjanté : le rare opéra-ballet comique de Joseph Bodin de Boismortier (1689-1753), étoffé par les pitreries de Shirley et Dino (alias Corinne et Gilles Benizio) fut mis en cavalcade musicale par Hervé Niquet dirigeant « à la lance » son Concert Spirituel dans la fosse d’orchestre de l’Opéra Comédie de Montpellier.

Il fut l’unique opéra présenté en version scénique au Festival de Radio France Montpellier Languedoc Roussillon 2015. Une curiosité qui fait partie de ces œuvres méconnues sinon oubliées auxquelles on tente de redonner vie. Parodie du héros de Cervantès imaginée par le génial brasseur de musiques savantes et populaires que fut Bodin de Boismortier (il composa même pour les vièles à roue) Don Quichotte chez la Duchesse, n’avait pas complètement disparu des circulations lyriques : il avait même été à l’affiche du tout premier concert donné par Hervé Niquet quand il créa son ensemble Le Concert Spirituel . Il y a 27 ans !

Remettre l’ouvrage en selle pour le Festival était donc pour lui et pour ses musiciens l’occasion rêvée de lui rendre punch et humour. Et aussi pour le chef d’orchestre longiligne de se dédoubler en comédien, animateur, rôle qu’il affectionne visiblement sous des déguisements divers. Pour le reste, il confia les rênes du spectacle au couple Benizio qui lui avait déjà garanti un joli succès avec le King Arthur « baroque barjot » de Purcell (voir WT1592 du 17 juillet 2008). Les deux champions de gags et grimaces s’attelèrent à la tâche tous azimuts : par la réécriture du livret disparu avec un sens certain du rythme et - un langage d’opérette truffé de clichés, une mise en scène de cirque en folie, des intermèdes parlés, dansés, chantonnés et des galéjades à la pelle sans relation aucune avec le sujet. Quelques gags s’insèrent astucieusement mais leur nombre ralentit l’action. L’irruption de Shirley dans un numéro du Cucaracha à castagnettes (non prévu au programme) détourne Boismortier et sa musique dans les sentiers d’un cabaret de sous-préfecture… Trop de comique finit par tuer le comique.

Dommage. Les décors de Daniel Bevan, ses forêts, ses monstres, ses grottes, ses salons ont du charme et nappe même de poésie l’épisode « japonais » que Jacques Rouveyrollis éclaire en prestidigitateur, les costumes innombrables (Charlotte Winter, Anaïs Heureaux), changés en veux-tu en voilà, toutes les trois scènes, sont drolatiques et les robes de la duchesse carrément somptueuses. Les ballets, points essentiels de la partition, chorégraphiés mi- sérieux, mi- bouffons par Philippe Lafeuille se fondent dans la musique de Bodin de Boismortier que l’on est tout heureux d’entendre hors fioritures. Niquet et ses musiciens sont alors en parfaite osmose pour la faire chanter et danser en arabesques baroques.

Invité par Altisidore, duchesse farceuse jouant à la vamp (Chantal Santon Jeffery en a la gouaille, les rages et les vocalises), le rêveur Don Quichotte (Emiliano Gonzalez Toro, timbre léger de naïf habité d’idéal, tout rond, tout dans la lune de ses idéaux) flanqué de son inséparable Sancho Pança (savoureux Marc Labonnette usant des rondeurs de sa voix et de son tempérament pour faire le clown), va se trouver embrigadé malgré lui dans une suite de mauvaises blagues auxquelles sa nature va se plier en résistance passive. Gilles Benizio/Dino fait le duc en monsieur Loyal de cabaret emperruqué.
De personnages en personnages selon les situations Joao Fernandes, Charles Barbier, Camille Poul complètent en astuces musicales une distribution de bel équilibre.

Le public accouru pour Shirley et Dino répond à leurs facéties par des éclats de rire. Il est à la fête. Bodin de Boismortier en fait les frais.

Don Quichotte chez la Duchesse, opéra-ballet comique de Joseph Bodin de Boismortier, livret de Charles-Simon Favart, chœur et orchestre Le Concert Spirituel, direction Hervé Niquet, compagnie de danse La Feuille d’Automne, chorégraphie Philippe Lafeuille, mise en scène Corinne et Gilles Benizio, décors Daniel Bevan, costumes Charlotte Winter et Anaïs Heureaux, lumières Jacques Rouveyrollis. Avec Emiliano Gonzalez Toro, Marc Labonnette, Chantal Santon Jeffery, Joao Fernandes, Gilles Benizio, Camille Poul, Charles Barbier.

Festival de Radio France Montpellier Languedoc Roussillon – Opéra Comédie , les 15, 16 & 17 juillet – 2015.

Co-production Théâtre de Metz Métropole, Opéra Royal / Château de Versailles

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