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Critiques / Opéra & Classique

Don Giovanni de Wolfgang Amadeus Mozart

par Caroline Alexander

Séducteur de nulle part

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Théâtre dans le théâtre : le procédé qui se voulait novateur il y a une trentaine d’années, est devenu un système aux relents éculés. Le metteur en scène ne se met plus au service d’une œuvre, comme le faisait si génialement Patrice Chéreau, il met celle-ci au service de ses fantasmes et de leurs carences. Comme l’a fait Jean-François Sivadier, à Aix-en-Provence puis à Nancy, avec le chef d’œuvre de Mozart, ce Don Giovanni surnommé l’opéra des opéras.

Dans ce tour de passe-passe d’abstraction théâtralisée plus rien sur scène ne correspond aux situations qui constituent la colonne vertébrale de l’histoire. Une estrade en plan incliné occupe le centre de l’espace. En fond de scène, une muraille blanche lézardée change de fonction au gré des lumières et d’interventions diverses comme l’écriture en graffiti et lettres de sang du mot « Liberta ».
Des pans de rideaux descendent des cintres et y remontent. Des ampoules en verre de Murano s’allument aux couleurs des costumes. Ceux-ci sont tantôt d’aujourd’hui, tantôt d’autrefois ou les deux à la fois. Imperturbablement sans grâce. L’exercice de style tourne en rond depuis l’ouverture au cours de laquelle les personnages en errance sur la scène font mine de papoter.

Du livret de Da Ponte, il ne reste pas grand-chose de cohérent, même si ses textes sont dits et chantés. Quelques idées émergent. La fin est revisitée. Le séducteur maudit entraîné dans la mort par le commandeur qu’il avait assassiné, n’a pas disparu : le voilà de retour, échevelé et tout nu (à l’excepté d’un slip qui masque ses parties intimes !) organisant et dirigeant le final.

De la distribution du festival d’Aix-en-Provence où le spectacle fut créé, il ne reste à l’Opéra de Nancy, son coproducteur, que les basses David Leigh pour un Commandeur flegmatique qui brandit un drap blanc supposé recouvrir sa statue et Nahuel Di Pierro pour un Leporello vif argent, truculent, dansant, jouant, chantant, les graves légers et la diction impeccable.

Le jeune baryton André Schuen métamorphose l’insatiable coureur de jupons en voyou de banlieue chic, barbiche claire, chevelure blonde retombant en bouclettes, en noir, en blanc, torse nu puis en costume d’époque. Timbre chaleureux et jeu électrique, il fait de Don Giovanni, un gamin mal élevé qui se prend pour un chef.
Les aigus de Donna Anna par l’australienne Kiandra Howarth atteignent des pics de grâce, Yolanda Auyanet fait d’Elvira une orpheline d’amour, en constante recherche avec des hauts et des bas, tant dans l’expression vocale que physique, Francesca Aspromonte qui, sur cette même scène fut la délicate Eurydice de l’Orfeo de Luigi Rossi (voir WT 4997 du 8 février 2016) , apporte à la coquine Zerlina fraîcheur, humour et légèreté en souriant contraste avec le Masetto un rien patapouf de Levente Pall. Le ténor lyonnais Julien Behr apporte au personnage souvent effacé de Don Ottavio, un sérieux, une dignité qui lui sont rarement attribué. Voix claire et ferme, jeu solide, il impose l’amoureux sincère et convainc.

A la tête de l’orchestre symphonique et lyrique de Nancy, Rani Calderon, maestro maison, privilégie les énergies de la partition. Direction toute en vivacité, claire, précise, dansante, au détriment de la part de mystère que Mozart savait si finement injecter à sa musique.


Don Giovanni de Wolfgang Amadeus Mozart, livret de Lorenzo Da Ponte, orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction Rani Calderon, mise en scène Jean-François Sivadier, décors Alexandre de Dardel, costumes Virginie Gervaise, lumières Philippe Berthomé. Avec André Schuen, Nahuel Di Pierro, Kiandra Howarth, Yolanda Auyanet, Julien Behr, Francesca Aspromonte, Levente Pall, David Leigh.

Opéra de Nancy les 29 septembre, 3, 6 & 10 octobre à 20h, les 1er et 8 octobre à 15h
03 83 85 33 11 – www.opera-national-lorraine.fr
Photos Opéra National de Lorraine

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