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Dominique Reymond

par Dominique Darzacq

Inattendue et glamour dans la pièce de Yasmina Reza

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"Lors de notre première rencontre, la seule chose que Yasmina m’ait dite c’est : Tu seras blonde et je veux que tu sois glamour. On ne t’a jamais vue comme ça" s’amuse Dominique Reymond qui, dans Comment vous racontez la partie prochainement au Théâtre du Rond-Point,( 5 novembre) incarne une star un rien pédante de la presse littéraire. Un rôle un peu surprenant pour qui s’est souvent vu attribuer des rôles de mère ou de monstre, - "je me suis demandé pourquoi Yasmina me demandait ça" -, mais qui offre à la comédienne l’occasion de déployer les subtilités de son jeu sur les terres de la comédie à fleuret moucheté.

La pièce, que Yasmina Reza met elle-même en scène, a pour cadre la salle polyvalente d’une petite ville quelque part en France, où une romancière de renom a été conviée à parler de son dernier ouvrage Le Pays des lassitudes pour lequel elle vient de recevoir un prix. Elle est interviewée par une journaliste dont on ne sait pas grand-chose, sinon qu’elle est une gloire du monde de la critique littéraire. Mais il apparait vite que la romancière préfère parler de sa robe à fleurs plutôt que de son œuvre. Entre la journaliste et l’écrivain qui ne cesse d’esquiver les réponses en se demandant ce qu’elle fait dans cette galère, la tension affleure, le malaise s’installe en dépit de l’animateur qui tente de sauver la soirée.

Inspirée sans doute par son expérience d’auteure sans cesse sollicitée de se commenter, Yasmina Reza distribue au passage quelques coups de griffe bien sentis au petit monde médiatique et littéraire à travers une pièce qui de toute évidence excède la simple satire. "On veut voir dans les pièces de Yasmina Reza des satires, ce qu’elle fait très bien. Mais la pièce ne se résume pas à l’histoire d’une journaliste au carnet d’adresses bien rempli qui veut absolument faire rendre gorge à l’autre. C’est plus subtil que ça. C’est une mise en abime, une variation sur les rôles qu’on est amené à jouer dans la vie. S’il y a affrontement il n’y a ni gagnant ni perdant", explique Dominique Reymond qui rappelle au passage que le titre de la pièce est tiré d’une citation de l’écrivain américain David Herr « Ce n’est pas tant que vous ayez gagné ou perdu, mais comment vous racontez la partie ». Une partie où chacun des protagonistes tente d’assumer la partition qui lui est attribuée et s’achève en empruntant aux mélancolies tchekhoviennes, donnant ainsi du grain à moudre à ceux qui voient en Yasmina Reza un Labiche mâtiné Tchekhov. Pour sa part, au jeu des références et comparaisons dont elle se méfie, Dominique Reymond y ajouterait, "pour la brillance et le miroitement de l’écriture " , Sacha Guitry un auteur qu’elle adore pour sa verve incisive et moins superficiel qu’il n’y paraît. "Venant d’Helvétie je suis assez éblouie par les gens qui manient parfaitement la langue. Nous, nous avons six cents mots alors qu’en France il y en a deux mille cinq cents pour dire la même chose » explique la comédienne qui avoue être sensible « aux auteurs qui, comme Jon Fosse, donnent la parole à ceux qui ne la possède pas" .

C’est, comme elle le dit joliment, en Helvétie où elle est née que Dominique Reymond est tombée un peu par hasard et à dix ans dans la marmite théâtre, en jouant à la Comédie de Genève La Maison de Bernarda aux côtés de Germaine Montero. Si "inconsciemment les dés étaient jetés" , la petite fille qui dessine depuis qu’elle sait tenir un crayon, fera un détour par les Beaux -Arts avant d’être rattrapée par son destin de comédienne, sans pour autant lâcher la mine de plomb, "où que je sois je dessine", dit-elle. En tournée, elle croque tout ce qu’elle voit, emplit ses carnets de couples assis sur des bancs, de monuments auxquels elle accole des citations des auteurs qu’elle est en train de lire. Si la dessinatrice et l’actrice mènent deux vies parallèles, il est pourtant arrivé qu’elles se rencontrent sur le chantier d’une œuvre, en dessinant par exemple, les nombreuses didascalies d’une pièce pour mieux pénétrer dans l’univers de l’auteur. Le croquis comme porte d’accès à la réflexion et ferment d’imaginaire pourrait bien être plus fructueux que toutes les pages dactylographiées autour d’un personnage à qui explique que "savoir qu’en telle ou telle année le personnage que je joue a fait ceci ou cela ne m’aide pas" et avoue que plus jeune elle arrivait aux répétitions en n’ayant lu la pièce qu’une seule fois. Mais c’était à Chaillot avec Antoine Vitez le démiurge, "qui aimait ses acteurs – ce qui n’est pas si fréquent - et les connaissait mieux qu’eux- mêmes ne se connaissaient. Aussi, à partir du moment où il nous proposait un rôle, l’essentiel était fait. Nous pouvions aborder les répétitions sans avoir à lui prouver qu’il avait bien fait de nous avoir choisis" . C’est elle, qui avec "sa voix de baryton ne s’imaginait pas en jeune première", qu’en 1984 il choisit pour être la Mouette de Tchekhov. "Quand Antoine Vitez m’a dit tu vas jouer dans La Mouette j’ai pensé forcément que c’était pour le rôle de Macha. Quand il m’a dit Nina, j’ai cru qu’il s’était trompé. Mais non, en me donnant le rôle de Nina qu’on voyait généralement comme une jeune fille fragile et romantique, il inventait le contre-emploi. En réalité pour lui il n’y avait pas d’emploi et il avait raison" .

En dépit d’une poignée de grincheux aux idées recuites cette Mouette-là plus complexe et déterminée que fragile, presque dure dans son obstination à devenir comédienne, reste une des pages les plus remarquables de l’Histoire du théâtre.

Nina est-elle devenue à son tour une Arkadina, actrice égoïste qui regimbe à l’idée que la gloire l’abandonne ? Une interrogation que Dominique Reymond aura peut-être consignée dans son carnet de répétitions quand en 2012, elle retrouvait Tchekhov, "un auteur qui parle le plus aux acteurs" et La Mouette pour jouer, Arkadina dans la Cour du Palais des Papes sous la direction Arthur Nauzyciel.

De Chaillot au Festival d’Avignon, de Nina à Arkadina, c’est au feu de la diversité des regards et des approches que la comédienne a affiné un jeu plus attentif à suggérer qu’à démontrer et forgé son riche itinéraire. Outre Vitez avec qui elle fut dans L’Echange de Claudel une Marthe bouleversante, elle travaille avec ceux-là dont les créations laissent d’indélébiles empreintes : Klaus Michael Grüber, Bernard Sobel, Jacques Lassalle, Luc Bondy , Georges Lavaudant, Pascal Rambert, Marc Paquien....avec eux, elle a joué Claudel , Büchner, Brecht, Ionesco, Synge, les grands classiques ,Racine, Molière, Marivaux, et les contemporains, parmi ceux-ci, Valère Novarina et Jon Fosse.

Après Une Pièce espagnole (2004), elle retrouve aujourd’hui Yasmina Reza, "une de nos grands écrivains d’aujourd’hui qui se situe à un endroit du théâtre contemporain que personne n’occupe. Je suis fascinée par l’incroyable justesse de son regard et de son écriture. Quand dans la pièce j’entends parler le maire ou l’animateur de la soirée, je me dis je les connais, je les ai rencontrés. Avec elle il n’y a pas besoin d’explication dramaturgique tout est écrit" explique la comédienne pour qui travailler sous la direction de l’auteur est d’autant plus intimidant qu’il connait mieux que quiconque ses personnages, " il a toujours une longueur d’avance sur nous. Il sait exactement l’espace qu’il nous réserve et comment le remplir. J’ai donc essayé de me mettre dans l’espace que Yasmina Reza avait prévu pour moi " remarque sobrement la comédienne qui ajoute là un savoureux et inattendu chapitre à ce qu’Antoine Vitez appelait « le roman de l’acteur ».

Photo « Comment vous racontez la Partie » ©Pascal Victor/ArtComArt

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