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Critiques / Théâtre

Dom Juan de Molière

par Gilles Costaz

Fuite dans le cosmos

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Des globes lumineux pendent depuis les cintres : c’est le ciel des savants, sans Dieu, infini, inexplicable, fascinant. Ce monde nocturne s’agite en fonction d’un principe de chaos. Des objets, des planches, des praticables s’écroulent, en même temps que des statues antiques se dressent, images d’un univers antique qui essaie de survivre dans la tourmente d’un big bang miniature et des analyses destructrices de la pensée moderne. Au milieu de cette terre bouleversée jour et nuit, Dom Juan et Sganarelle, tournoient en habits sombres. Ils ne sont d’aucun siècle, un peu d’hier et un peu d’aujourd’hui, alors que leur partenaires sont plus typés dans le genre Espagne picaresque. Le Commandeur, notamment, porte la moustache et le rouge uniforme de l’alguadil. Mais l’errance du maître et du valet a des allures de fuite dans le cosmos, parfois entourée de techniciens, de gens qui semblent là par hasard et observent, car on est au théâtre, dans le dedans et le dehors du théâtre.
Nicolas Bouchaud, en Don Juan, est l’athlète qui défie ce monde en furie. Il joue avec le public, ajoute de petites blagues au texte, chante, se dresse magnifiquement dans la pénombre et les éclairs, pressure le texte comme un sculpteur malaxe la glaise. Vincent Guédon est un Sganarelle amusant mais qui n’a pas trouvé sa totale liberté par rapport au texte (et pourtant le spectacle respire la liberté face à l’écrit, presque trop !). Marie Vialle, en Elvire, flamboie alors qu’autour d’elle, tout flambe – elle échappe de peu à des chutes d’éléments divers. Les personnages des paysannes et du Commandeur sont joués dans l’énergie et l’ironie, sans atteindre une transposition convaincante. Cette nouvelle mise en scène de Jean-François Sivadier, inventive et intrépide, paraît moins réussie que celle qu’il avait proposée du Misanthrope, comme si cette idée centrale du chaos – qui est juste et s’appuie sur l’athéisme matérialiste de Molière, disciple de Gassendi – ne gagnait pas seulement le plateau (ce qui est bien : c’est explosif ! ), mais aussi la pièce et sa structure, de la même manière qu’un accident peut briser la colonne vertébrale d’un humain ou d’un animal.

Dom Juan de Molière, mise en scène Jean-François Sivadier, collaboration artistique de Nicolas Bouchaud et Véronique Timsit, scénographie de Daniel Jeanneteau, Jean-François Sivadier, et Christian Tirole, lumière de Philippe Berthomé, costumes de Virginie Gervaise, maquillages, perruques de Cécile Kretschmar, son d’Eve-Anne Joalland, avec Marc Arnaud, Nicolas Bouchaud, Stephen Butel, Vincent Guédon, Lucie Valon, Marie Vialle.

Odéon Théâtre de l’Europe, Place Paul Claudel, tél. : 01 44 85 40 40, jusqu’au 4 novembre. (Durée : 2 h 30).

Photo Jean-Louis Fernandez.

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