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Critiques / Théâtre

Dispersion d’Harold Pinter

par Gilles Costaz

Conversation en parallèle

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C’est l’un des derniers textes de Pinter. L’auteur était venu lui-même le mettre en scène au Rond-Point, sous son titre anglais (Ashes to Ashes, Cendre après cendre). C’était avec Christine Boisson et Lambert Wilson, en 1998. La soirée était énigmatique. La pièce le reste, une fois prise en main par Gérard Desarthe. Mais c’est la particularité, la force, la puissance de ce texte d’ouvrir des fenêtres dans la nuit et de ne pas livrer une lumière totale. Dans une maison de campagne, un homme questionne une femme sur sa relation avec un autre homme – une relation étrange d’amour et de perversion. La femme résiste aux interrogations. « Tu es un sale fouille-merde », dit-elle. La recherche du passé n’en continue pas moins. Mais où est la réalité ? L’histoire récente, les persécutions, l’idée de Dieu tournoient dans cette conversation en parallèle, où les deux personnages se parlent autant à eux-mêmes qu’à l’autre personne. Cet amant d’autrefois se profile comme un bourreau. Mais où ? Mais quand ? « J’ai toujours su que tu m’aimais », dit l’homme. « Pourquoi ? », répond-elle. « Parce qu’on aime les mêmes chansons », précise-t-il. Elle poursuit sa quête des souvenirs qui n’est plus la sienne, mais celle d’une femme qu’elle croit être...
Le spectacle n’est pas d’un abord facile, et l’on pourra rester à l’extérieur si l’on n’en accepte pas l’étrangeté. Gérard Desarthe, en compagnie de Jacques Connort, n’en a pas moins orchestré un très beau moment, très étonnant. Il y a des silences, une tension, un climat fort prenants, relayés par un miroitement délicat des lumières et des couleurs. Carole Bouquet sait être à la fois présente et absente, s’enfermer avec grâce dans un errement mental. Gérard Desarthe construit un être brisé qui lutte contre l’obscurité d’une vie et d’une parole. C’est d’une grande fascination.

Dispersion d’Harold Pinter, traduction de Mona Thomas, mise en scène de Gérard Desarthe, assitant de Jacques connort, dramaturgie de Jean Badin, décor et costumes de Delphine Brouard, lumière de Rémi Claude, son de jean-Luc Ristord.

Théâtre de l’Œuvre, tél. : 01 44 53 88 88. (Durée : 1 h).

Photo Dunnara Meas.

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