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Disparition de Catherine Sellers

par Dominique Darzacq

Un parcours au feu du verbe

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En 2001, à l’occasion d’une des reprises au Théâtre Tourtour, du poème dramatique de Yannis Ritsos, Chryssothemis , mis en scène par Pierre Tabard, son mari avec qui elle fonda en 1984, la compagnie Pierre Tabard, Catherine Sellers faisait son ultime apparition en scène. La première se fit cinquante ans plus tôt, avec Noces de sang de Lorca sous la direction de Maurice Jacquemont. Entre les deux, s’inscrit l’itinéraire d’une comédienne familière et lointaine, qui, sans fracas médiatique, mais en flamboyante messagère de l’indicible, tutoyait la tragédie et la poésie, qu’elle fût classique ou contemporaine. Une de celles qui d’un geste, d’un sourire ou d’un cri donnait à percevoir l’exacte vérité des choses.

C’est en 1955, alors qu’elle joue à l’Atelier, La Mouette de Tchékhov dans la mise en scène d’André Barsacq, qu’Albert Camus la repère. Séduit par « cette comédienne gracile et cultivée » qui partagera un temps son existence, il la met en scène dans Requiem pour une nonne, pièce adaptée du roman de Faulkner, et Les Possédés adaptés du roman de Dostoïevski.

Plus tard, Catherine Sellers sera Antigone, celle de Sophocle, avec Jean Vilar, Andromaque avec Jean-Louis Barrault avec qui elle joue également Claudel (Le Soulier de Satin, Tête d’or). D’un parcours, où se descelle une prédilection pour la langue et le verbe, et tissé à partir de quelques beaux fils, qu’il s’agisse d’auteurs (Racine, Shakespeare, Michaux, Beckett, Hélène Cixous, Henry James) ou de metteurs en scène (Tania Balachova, Vilar, Claude Régy, Antoine Vitez et bien sûr Pierre Tabard), l’histoire retiendra son fructueux compagnonnage avec Marguerite Duras avec qui elle tourna Détruire dit-elle, La femme du Gange, Jaune soleil et, réalisé par Claude Goretta, Suzanne Andler qu’elle joua également au théâtre sous la direction de Tania Balachova. Puis ce fut Eden cinéma mis en scène par Claude Régy et L’Amante anglaise dans une mise en scène de Pierre Tabard.

De Catherine Sellers, Marguerite Duras disait « elle joue toujours plus loin que la scène, toujours. Et à la place toujours dangereuse. Et toujours, elle donne ce sentiment bouleversant que cette place - de laquelle elle nous renvoie le rôle - est la place véritable de ce rôle, même si vous, vous ne l’aviez pas encore aperçu ».

Les obsèques de la comédienne qui avait 87 ans auront lieu jeudi 13 mars à 14h30 au crématorium du Père-Lachaise.

Photo Catherine Sellers et Pierre Tabard ©l. Lot

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