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Dictionnaire de l’épuration des gens de lettres de Jacques Boncompain

par Gilles Costaz

Une énorme masse de documents inédits

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Peut-on faire un dictionnaire de l’épuration des écrivains au lendemain de la guerre ? Pas simple. D’ailleurs, la méthode adoptée par Jacques Boncompain dans son dernier ouvrage (après plusieurs livres remarquables autour du droit d’auteur) paraît flottante. L’ensemble n’est pas exactement une suite d’entrées classées par ordre alphabétique mais une série de chapitres où s’insèrent deux longs dictionnaires – l’un consacré aux auteurs dramatiques, l’autre aux auteurs et compositeurs de musique. Par ailleurs, l’objectivité est-elle au rendez-vous ? Boncompain se montre très hostile au général de Gaulle qui créa en mai 1945 une Commission nationale d’épuration des gens de lettres. « Avant même que le pays meurtri ait pensé ses plaies, fallait-il soumettre à la question des intellectuels par milliers, auxquels on ne reprochait aucun crime de sang ? », dit l’auteur. On se serait bien passé, par exemple, d’une citation de Jacques Laurent mise en exergue du premier chapitre : « De Gaulle n’a multiplié les victimes sous ses pas que parce qu’il était lui-même victime d’un rêve que, faute de caractère, il n’avait pu exécuter ».
On connaît les faits les plus saillants, dont le plus marquant est l’exécution de Robert Brasillach – que bien des écrivains du camp opposé tentèrent d’empêcher. Mais ce que révèle Boncompain, après une analyse très fouillée des décisions allemandes, vichyssoises – pendant la guerre : les persécutions et la censure, corollaires de l’élimination des juifs - et gaulliennes après la guerre, c’est une mise en cause tatillonne, et à grande échelle, des écrivains. Tous sont soumis à des questionnaires très précis auxquels ils doivent répondre comme on passe devant un tribunal. On leur demande à chacun : avez-vous collaboré, avez-vous écrit pour les Allemands, êtes-vous allé en Allemagne ? Boncompain a eu accès à 2500 dossiers et il en restitue un nombre impressionnant ! Ces pauvres auteurs ne sont pas tous courageux. Ils se justifient comme ils peuvent ! Mais prenons le cas de grands personnages. Claudel a écrit une Ode au maréchal Pétain, son Soulier de satin est créé en pleine occupation mais il a vite pris le parti des Alliés, son château de Brangues est saccagé par les Allemands. Et Cocteau ? C’est un ami du sculpteur Arno Breker mais le rapport de police ne lui reproche que d’être un « pédéraste notoire » ! Il est mis hors de cause. Guitry a droit à un long développement. On sait qu’il a fait de la prison en 1944, mais la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, qui mène ces enquêtes, finit par l’innocenter…
On aurait aimé une organisation des documents plus rigoureuse (pourquoi n’y a-t-il pas de dossier Sartre et faut-il aller chercher les éléments le concernant d’un chapitre à l’autre ?). Mais la masse d’informations inédites est considérable.

Dictionnaire de l’épuration des gens de lettres 1939-1949 de Jacques Boncompain, préface de Henri-Christian Giraud. Honoré Champion, 800 pages, 70 euros.

Photo DR : Jacques Boncompain.

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