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Dictionnaire amoureux du théâtre de Christophe Barbier

par Gilles Costaz

Le goût du parti pris

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Faut-il retenir, parmi ses idées de cadeaux, l’énorme Dictionnaire amoureux du théâtre de Christophe Barbier ? Ce n’est pas certain car voilà bien un drôle de livre, comme on aurait dit au XVIIe siècle, époque à laquelle sont attachés l’esprit et le style de ce témoin qui fut si proche de la Comédie-Française de Muriel Mayette (il écrivit un spectacle consacré à notre premier théâtre national). Barbier, en effet, s’exprime dans cet ouvrage comme historien, comme journaliste, comme critique, et aussi comme praticien. Animateur d’une troupe, l’Archicube, plus faite d’amateurs que de professionnels, il intègre à ses informations des souvenirs et des observations d’un caractère très personnel. Est-ce si intéressant d’apprendre que Barbier a aimé jouer un cocu de Feydeau sur la scène du théâtre Michel ou qu’il a frémi en incarnant ailleurs le rôle de Macbeth ? On se situe à des niveaux qui se rejoignent difficilement. Pourtant, c’est parfois de lui-même que Barbier parle le mieux, car il assène parfois quelques pensées à contre-courant, plus conformistes que révolutionnaires, qui vous font dresser les cheveux sur la tête. Par exemple, celle-ci : « Marivaux, c’est le fragile consacré au détriment du fort, c’est le filigrane qui devient charpente, c’est la circonlocution qui tue le trait. Marivaux, c’est de la tisane. » C’est quand même énorme – même si Voltaire écrivait à peu près la même chose de son rival !
Christophe Barbier rend hommage à Michel Corvin, directeur disparu du Dictionnaire encyclopédique du théâtre : il s’est sans doute appuyé sur lui pour établir la liste de ses entrées. Mais lui, Barbier, ne revendique pas l’exhaustivité ni l’équilibre des analyses. Il peut consacrer des textes très courts à Duras (qu’il estime comme malgré lui) ou à Pippo Delbono mais s’attarder, avec justesse, affectueusement, sur Anouilh ou Claudel. En fait, il préfère flâner, s’arrêter en cours de route, saluer Charles-Hipppolyte Labussière (qui s’ingénia à ne pas appliquer les décisions de la Terreur voulant supprimer les artistes rétifs pendant la Révolution), donner un coup de chapeau à ses acteurs préférés (Luchini, Elsa Lepoivre), s’amuser autour de certains noms communs (spectateur, relâche), soigner les formules plaisantes, sortir de l’ombre ou d’une réputation injustifiée telle ou telle pièce – comme Humulus le muet d’Anouilh... Il n’en poursuit pas moins quelques leit-motiv, qui peuvent être agaçants Par exemple : « Prolonger l’Absurde : projet qui vit chuter tous les auteurs tentant de l’accomplir entre 1960 et 1990 ». Quand on oublie d’écrire la moindre notice sur Dubillard, est-on habilité à prononcer un tel arrêt ?
Ce gros pavé, qui sent en même temps le travail et la fantaisie (ce qui est assez rare), est assez dense et informé pour être consulté régulièrement. Mais on le parcourra comme la souris le fromage. Il y a des trous dans la pâte !

Dictionnaire amoureux du théâtre de Christophe Barbier. Plon, 1186 pages, 28 euros.

Photo Ojim.

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