Accueil > Des hommes en devenir d’après Bruce Machart

Critiques / Théâtre

Des hommes en devenir d’après Bruce Machart

par Jean Chollet

Emmanuel Mérieu au profond de l’humain

Partager l'article :

A plusieurs titres, hantés par les disparitions d’êtres chers, enfant, parent, femme, voisin ou ami, des hommes évoquent les situations qui les ont entrainées dans ces absences et ces manques, en provoquant chez eux des blessures irrémédiables, qu’ils tentent de cicatriser lors d’un retour, peut-être libérateur, sur le passé, pour poursuivre leurs routes. Des êtres d’apparences d’ordinaires, exerçant des activités diverses : chauffeur – livreur, directeur de scierie, démarcheur, chroniqueur pour le Reader’s Digest, ou aide soignant hospitalier. Ils se nomment, Ray, Jérôme, Vincent, Mané, Loïc, Dean … ou le surnommé “Soiffard,” issus de la région de Houston au Texas, terroir d’inspiration de l’auteur américain Bruce Machart, dont le premier roman “Le Sillage de l’oubli” (2010), salué par la critique, lui valu d’être comparé à Faulkner.

Aujourd’hui, le metteur en scène Emmanuel Mérieu, donne chair, vie et humanité, à ces “hommes en devenir ”, dont il structure et accompagne les paroles avec une densité bouleversante. Celles-ci sont adressées au public sous la forme de monologues successifs, exprimés devant un micro sur pied, par cinq excellents comédiens, Xavier Gallais, Jérôme Derre, Loic Varraut, Jérôme Kircher et Stéphane Balmino, - la plus part méconnaissables sous leurs maquillages - plongés dans un exercice plus complexe qu’il n’y paraît. Leurs intonations, silences, altérations, ruptures, respirations, sont autant de ponctuations qui tissent une relation et une écoute pénétrante, en mettant la pédale de frein sur le pathos. Pour le spectateur, il ne s’agit pas d’une navigation paisible face à ces trajectoires tragiques, mais d’une mise en position de témoin et parfois d’empathie douloureuse avec les personnages, en fonction de son vécu et de son degré de sensibilité. La représentation se déroule dans un espace abstrait, plus ou moins coloré et nuageux sous les lumières, et ponctué de projections vidéo discrètement indicatrices en premier plan, instaurant un climat adapté. Témoignage supplémentaire de la belle cohérence et de la rigueur instaurées par Emmanuel Mérieu, auteur d’un spectacle fort, qui laisse des traces dans les esprits à la sortie du théâtre.

Photo Théâtre Paris–Villette

Des hommes en devenir , d’après le roman de Bruce Machart, traduction François Happe, adaptation et mise en scène Emmanuel Mérieu, avec Stéphane Balmino, Jérome Derre, Xavier Gallais, Jérôme Kircher, Loïc Varraut. Lumière, décor et vidéo, Seymour Laval, Emmanuel Mérieu, musique originale Raphaël Chambouvet, son Raphael Guénot, costumes Moïra Douguet. Durée : 1 heure 30. Théâtre Paris – Villette jusqu’au 10 juin 2017. En tournée d’octobre à décembre 2017 à Lyon, Marseille,
Châteauvallon, Evry, Saint-Jacques - de- la -Lande, Villacoublay, Le Creusot, Tournai (Belgique)

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.