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Critiques / Théâtre

Des gens bien de David Lindsay-Abaire

par Corinne Denailles

le beau retour de Miou-Miou sur les planches

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Margaret (Miou-Miou), quinquagénaire, mère d’une jeune fille handicapée et caissière, vit dans les quartiers pauvres de Boston. Elle vient de se faire licencier pour ses retards répétés dus aux problèmes de garde de sa fille et non pas à son penchant pour la grasse matinée. Pour compléter le tableau, sa logeuse (isabelle de Botton), inquiète pour ses loyers, menace de la mettre à la porte. Heureusement que sa copine Jean (Brigitte Catillon), dotée d’un sérieux esprit pragmatique et d’un certain cynisme, veille au grain. C’est elle qui suggère à Margaret d’aller voir Mike Dillon (Patrick Catalifo), un ami d’enfance qui, grâce à quelques coups de pouce du destin, s’est arraché à la misère. Médecin, il vit dans le quartier bourgeois de la ville avec Kate, sa jeune et jolie épouse noire, fille du directeur de l’université... Margaret force la porte de son cabinet médical et s’invite à son anniversaire dans l’espoir de rencontrer quelqu’un qui aurait du travail à lui proposer. Un malentendu fait qu’elle se retrouve seule avec le couple. La situation vire au règlement de comptes virulent. Le médecin est un nouveau riche dépourvu d’humanité qui renie ses origine ; sa femme Kate, sous des abords sympathiques, est elle-même accrochée à sa réussite sociale qui la protège du racisme ordinaire. Margaret, blessée, fait flèche de tout bois pour les atteindre et ses réparties cinglantes font mouche. Le plus insupportable ce n’est pas que Mike ne fasse pas d’effort pour l’aider mais c’est l’incompréhension qui s’est creusée avec celui qui a partagé ses jeux d’enfance.
Être quelqu’un de bien est-ce réussir sa vie sociale ? Aussitôt la question posée on devine la réponse. Ce que l’écrivain américain David Lindsay-Abaire s’emploie à illustrer plus qu’à démontrer dans une pièce qui tire le droit fil du propos sans chercher vraiment les nuances, une manière très américaine de jouer l’efficacité au détriment de la complexité. La scénographie de Nicolas Sire surligne le texte. Il enchaîne des décors stéréotypés, l’arrière-cour de l’entreprise de Margaret, son appartement, la salle du bingo où les pauvres rêvent du gros lot, le cabinet médical, l’intérieur bourgeois et clinquant du médecin.

Une belle distribution

Reste, et ce n’est pas rien, la belle distribution qui rend les personnages très attachants. Du côté des riches, Patrick Catalifo donne du ressort à ce médecin antipathique à souhait, colérique et brutal, Aïssa Maïga, dans le rôle de l’épouse, révèle peu à peu, avec finesse, la vérité de sa personnalité. Du côté des pauvres, Isabelle de Botton interprète avec gouaille la logeuse et Brigitte Catillon est la copine avisée et cynique qui ne manque pas d’humour. Julien Personnaz apporte un peu de douceur dans ce monde de brutes. Miou-Miou, qui revient au théâtre après une longue éclipse, nous enchante dès sa première apparition ; elle est douée d’une présence à la fois forte et discrète. Sa silhouette adolescente, menue, évoque la fragilité de son personnage auquel elle confère la complexité attendue. Sa Margaret est entière et secrète, sensible, droite dans ses bottes, sans complexe de classe, timide par nature et audacieuse par nécessité. Miou-Miou est une comédienne rare qui se fait trop rare au théâtre.

Des gens bien de David Lindsay-Abaire, texte français de Gérald Aubert, mise en scène d’Anne Bourgeois, décor de Nicolas Sire, avec Miou-Miou, Patrick Catalifo, Julien Personnaz, Brigitte Catillon, Isabelle de Botton Aïssa Maïga. Au Théâtre Hébertot, à 21 heures du mardi au samedi, dimanche à 15 heures. Durée : 2 heures. Rés : 01 43 87 23 23. Texte édité à L’Avant-Scène Théâtre.

© photo Lot

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