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Critiques / Théâtre

Dépaysement d’Ascanio Celestini

par Corinne Denailles

Théâtre politique à l’italienne

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Ascanio Celestini est un artiste italien touche-à-tout, écrivain, cinéaste, auteur de chansons, comédien ; c’est un artiste engagé qui excelle dans l’art du conteur dans des textes qui empruntent la forme du théâtre-récit dans la lignée du théâtre politique de Dario Fo. Son spectacle est un faux patchwork de tranches de vie cousues ensemble par un fil rouge, la vie quotidienne d’une caissière de supermarché qui vit avec sa mère, symbole d’une classe sociale précaire en souffrance. Au fil du récit apparait une poignée de personnages hauts en couleur, tous fracassés par la vie depuis le gitan « qui fume et t’embrasse » jusqu’à la clocharde qui meurt sur le pavé dans l’indifférence générale en passant par les filles qui croient partir en Grèce pour travailler dans l’hôtellerie et réalisent que le voyage ne les a conduites que sur le trottoir. Et cette caissière qui s’invente qu’elle est reine sur son trône et règne sur ses sujets (les clients) qui lui apportent des présents et lui donnent de l’argent et que « même si c’était moi je ferais comme si je ne me reconnaissais pas ».

Le dispositif scénique est simple mais le principe de mise en scène très original. Derrière un rideau de plastique jaunasse une cuisine années 60 avec la télévision au milieu de la table, pièce centrale de tous les logis de peu. Tour à tour les comédiens, accompagnés par l’accordéoniste Gianluca Casadei, s’avancent devant le rideau pour conter ces histoires tragiques sur ce ton italien si particulier, gentiment moqueur, à la Vittorio de Sica. Ascanio Celestini parle en italien et est traduit en direct par l’excellent Patrick Bebi qui ne se contente pas d’assurer la traduction mais emboîte le pas de Celestini, se fait comme un écho de sa diction, de son rythme ; ajouté au débit très rapide, ce déferlement de paroles dit l’urgence qu’il y a à dénoncer la situation économique qui maltraite les petites gens et l’urgence à agir. Rarement le théâtre aura été aussi intrinsèquement politique. En contrepoint, Violette Pallaro prend le relai du récit et ainsi se développe une polyphonie extraordinaire qui mélange les langues, tresse les récits dont certaines parties reviennent, identiques ou différentes, créant une poésie sonore parfois entrecoupée de chansonnettes, semblable à un effet de réverbération tournoyant entre les murs d’une pièce. Par le pouvoir des mots d’Ascanio Celestini et le talent des comédiens, le spectacle fait son cinéma sans pellicule sur l’écran noir de notre imagination.

Dépaysement, texte, mise en scène et interprétation, Ascanio Cestini, avec Violette Pallaro, Patrick Bebi et Gianluca Casadei. Au Théâtre du Rond-point jusqu’au 12 mars à 18h30. Durée : 1h30.

Photo Hubert Amiel

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